XIV. LES EFFORTS VERS L'UNION
On pourrait à bon droit être surpris de la persistance des tendances unionistes de l'église arménienne et de sa conduite en apparence paradoxale, si on ne connaissait son esprit essentiellement tolérant. Cette église a toujours accueilli de bonne foi toutes les propositions qui lui ont été faites dans ce sens; néanmoins elle ne s'est jamais départie de son attitude indépendante. Les églises, avec lesquelles elle pouvait être en relation, étaient la grecque, la syrienne et la latine. L'église grecque, la plus puissante et Ia plus étendue, occupait une situation incontestablement supérieure, due en partie au prestige de l'hellénisme dans le monde ancien et surtout à la force politique de l'empire d'Orient. Elle a visé de tout temps à exercer un rôle prépondérant sur l'église arménienne. Elle s'est appliquée à la soumettre, à l'annexer même si la chose eût été en son pouvoir. Le peu que nous en avons dit dans le chapitre sur les querelles successives au concile de Chalcédoine a suffi pour édifier Ie lecteur. Les Arméniens ne se sont jamais refusés à aucune ouverture; mais en même temps ils n'ont jamais adhéré définitivement à aucune proposition positive. L'église syrienne occupant une situation plus faible, l'accord avec elle fut obtenu sans difficulté; si, d'une part, les Syriens ne pouvaient formuler des prétentions exagérées; de l'autre, les Arméniens n'ont jamais poussé loin leurs exigences. L'église latine, à cause de son éloignement, n'entra en relation avec l'église arménienne qu'au temps des croisades. L'église arménienne a entendu toujours l'union dans le sens vrai et strict du mot. Elle a voulu l'établir sur la communion spirituelle des églises, le respect réciproque de leurs situations, la liberté pour chacune dans les limites de sa sphère, et la charité chrétienne dominant tout. EIle n'a jamais souffert que l'union fût changée en domination ni se confondît avec le prosélytisme. Malheureusement les églises grecque et latine, fortes de leur situation politique et sociale, ont toujours été portées à croire qu'on ne peut réaliser l'union des églises, qu'en les asservissant. Pour être plus précis dans notre exposé, nous devons ajouter que l'esprit de domination primait chez les Latins, et le prosélytisme chez les Grecs. L'Arménien ne s'est jamais refusé aux ouvertures faites par l'une ou par l'autre, bien qu'il ait été souvent déçu dans ses espérances. Sans se rebuter, il a renouvelé ses tentatives de conciliation, encore qu'il désespérât de les voir aboutir. Nous ne saurions contredire ceux qui voudraient voir dans cette attitude des Arméniens, des motifs d'intérêt, plus tôt que l'expression de l'esprit chrétien. Un examen de leur situation politique et sociale, qui n'a jamais été forte ni indépendante, suffirait pour justifier leurs vues intéressées. Confinés dans les provinces intérieures, à la merci des incursions de l'est et de l'ouest, du sud et du nord, faibles en tant que nombre, dépourvus de moyens matériels et intellectuels, ils ont toujours cherché un appui auprès des autres communions chrétiennes. Mais, tout en faisant des voeux pour l'union, ils ne se sont jamais résignés à se soumettre à leur domination religieuse, ni à subir leur prosélytisme. Telle est la raison pour laquelle ils sont restés à l'écart, isolés dans leur tradition. Ils ont vu dans les principes d'union le salut de leur intérêt social et civil, mais ils n'ont jamais voulu lui sacrifier leur principe religieux et chrétien. Ces efforts vers l'union n'étaient point une nouveauté. On les a vus soigneusement entretenus vis-à-vis des Grecs, sans qu'ils aient pourtant abouti à aucun résultat pratique, et l'église arménienne est restée ferme dans son attitude indépendante au moment même où les dynasties vassales disparaissaient successivement, sous les coups des Tatares envahisseurs. Ce fut à cette occasion que les Arméniens entreprirent cette émigration en masse qui a été la cause principale de la ruine de la patrie arménienne. Une partie prit la voie du nord, traversa le Caucase et l'Euxin, et alla peupler la Géorgie, la Crimée, la Pologne, la Moldavie, la Valachie et la Hongrie. Nous ne suivrons pas leurs traces. Une autre partie prit la voie du sud et s'installa successivement dans la Comagène, en Cilicie, en Syrie et en Caramanie, où elle réussit à créer d'abord une principauté, puis un royaume arménien, à transformer enfin ces pays en une petite Arménie. Il est de notoriété que ce n'est que la force des événements qui a poussé les Arméniens, chassés par les invasions de l'est, à tourner leurs regards vers les forces chrétiennes de l'ouest. Des documents signalent une série ininterrompue de négociations et de démarches unionistes accomplies pendant toute ]a durée de la dynastie Roubénienne de Cilicie (1080-1375), avec les Grecs et les Iatins. Ceux qui veulent voir dans ces négociations avec ces derniers, une
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adhésion complète au catholicisme romain, ne doivent pas oublier que les négociations unionistes continuaient en même temps avec les Grecs, et que ces derniers avaient rompu avec les Latins depuis Photius. Les Arméniens n'auraient donc pu suivre deux négociations à la fois, s'ils avaient été soumis à l'une des deux églises, et s'ils n'avaient joui d'une situation indépendante. Les premières tentatives d'union commencèrent au temps de Grigor II, qui, au cours de ses voyages accomplis dans le but de rechercher des actes de martyrs, essaya d'amorcer une entente avec les églises de Constantinople, d'Alexandrie et de Jérusalem. II est bien question, à la vérité, dans un texte unique, d'un voyage qu'il aurait accompli à Rome dans ce but, mais il est reconnu que cette assertion résulte d'une simple confusion entre Rome et Roltm, la ville des Romains et la ville des Roméens. Quoi qu'il en soit, rien d'officiel ne fut conclu pendant le pontificat de Grigor II, malgré les relations très intimes qu'il entretenait avec les Grecs. Il réussit seulement à mettre un terme au régime d'oppression inauguré par les empereurs sous le pontificat de Petros I et de Khatchik II. Pendant le gouvernement de Lévon I (1123-1137), Grecs et Arméniens en vinrent aux mains, à la suite de l'occupation par Lévon de quelques villes grecques. Les hostilités aboutirent à la captivité du prince arménien, et à l'occupation du pays, qui dura jusqu'à ce que Thoros II, fils de Lévon, fût rappelé à la succession de son père (1144), A la suite de ces hostilités, des relations s'établirent entre la principauté de Cilicie et les principautés latines créées par les croisades. Le patriarche Grigor III et son frère, l'évêque Nersés, furent invités au concile latin d'Antioche (1141), réuni pour l'affaire de l'évêque Rudolphe, sous la présidence du cardinal Albéric, légat du pape. Celui-ci invita le patriarche Grigor III à l'accompagner aux Lieux-Saints, où il lui donna même une place d'honneur dans le concile de Jérusalem (1143), C'est en cette circonstance qu'il fut invité par le légat à consacrer son union avec l'église romaine, Mais il fut assez habile pour décliner adroitement la proposition, en déclarant que rien d'essentiel ne séparait les deux églises, On jugea inopportun de pousser plus loin la discussion, car les Arméniens et les Latins comptaient sur un appui réciproque. Le pape Lucius II (1143-1144) s'empressa d'envoyer à Grigor III des présents ecclésiastiques, Celui-ci voulant rivaliser de générosité, envoya une délégation, qui rencontra à Viterbe le pape Eugène III (1145-1 153). En cette circonstance, la dispute recommença à propos des différences doctrinales et cérémoniales entre les deux églises. Eugène III écrivit à ce sujet à Grigor III, pour l'inviter à se conformer aux usages de l'église romaine. C'est ainsi que se termina cette première phase des négociations avec les Latins. L'évêque Nersés, surnommé Schinorhali (le Gracieux), frère du patriarche, était de retour du château de Lambron, ou il s'était rendu pour mettre un terme à l'animosité qui divisait les princes Thoros et Oschin, quand, passant par Mopsueste, il s'avisa de rendre visite au prince Alexis, gouverneur impérial de l'Asie Grecque (1165). La question de l'union des églises y fut agitée et traitée à fond, le prince autant que l'évêque, était profondément versé dans les affaires religieuses. Nersés prépara un exposé apologétique de la doctrine et du rite de l'église arménienne, que le prince se chargea avec joie de présenter lui-même à l'empereur Manuel I Comnène (1143-1180). Grigor III se retira alors des affaires, en abdiquant en faveur de son frère (1166, avril), mais la mort ne tarda pas à le surprendre (1166, juillet), et c'est alors que Nersés IV Schinorhali prit possession du siège, et publia son célèbre Indanrakan (encyclique), dont le texte fait encore aujourd'hui autorité dans les questions ecclésiastiques. La réponse à l'exposé remis au prince Alexis fut livrée à Nersés, déjà patriarche, bien qu'elle eût été envoyée à l'adresse de Grigor III (1167). Manuel, nullement au courant de l'abdication et de la mort de Grigor, demandait que Nersés fût envoyé à Constantinople pour entamer les négociations. Ce dernier, ne pouvant s'absenter, proposa à l'empereur de venir le voir, quand il passerait en Asie à la tête de l'expédition, qu'il préparait contre les Tatares. Il lui proposa encore d'amener avec lui les délégués latins, que Rome avait envoyés à Constantinople, et comme le patriarche syrien était aussi présent à Rhomkla, on pourrait dans un concile plénier établir l'union des quatre églises, et mettre fin au désaccord existant depuis sept siècles. Car, disait Nersés, s'il est des points que les Arméniens doivent corriger sur les propositions des Grecs, ceux-ci doivent à leur tour en retoucher certains autres d'après les observations des Arméniens. En même temps il faisait remettre à l'empereur un second exposé dogmatique, par lequel il confirmait comme patriarche tout ce qu'il avait écrit comme évêque.
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Manuel Comnène, empêché de se rendre en Asie à cause des troubles survenus en Thessalie, chargea les archimandrites Théorianus grec et Ohan Outman arménien, d'aller auprès du patriarche Nersés (1170), pour l'amener à accepter les conditions des Grecs. L'ouvrage connu sous le titre de Disputations entre Théorianus et Nersés, écrit par Théorianus après son retour à Constantinople, met dans la bouche de Nersés des expressions que contredisent absolument les documents incontestables qui nous sont parvenus, ce qui prouve que Théorianus a voulu masquer sa défaite. Deux ans après (1172) l'empereur Manuel reprenait les négociations et proposait aux Arméniens l'acceptation des neuf points. Nersés convoquait à ce propos un concile général, mais avant qu'il fût réuni, il mourait le 16 août 1173. Son neveu et successeur, Grigor IV Tegha, répondait à l'empereur (1175), qu'il lui était impossible d'admettre les neuf points proposés. L'empereur Manuel ramena alors sa proposition aux deux points, touchant le concile de Chalcédoine et les deux natures en Christ (1177). Grigor IV invita les évêques et les docteurs des provinces intérieures à en délibérer ; mais ceux-ci se refusèrent tout d'abord à prendre en considération les propositions grecques. Les instances du patriarche et de son cousin, Nersés de Lambron, archevêque de Tarse, eurent pour résultat la convocation du concile de Rhomkla, qui, sans adhérer aux propositions grecques, proposa quelques formules de transaction. Mais avant que la lettre synodale eût été expédiée à Constantinople, Manuel mourait (1180). D'autre part, les troubles intérieurs de l'empire empêchèrent la continuation des négociations. De sorte que la tentative d'union avec les grecs se termina avec la vie de Manuel I. Isaac Angel (1185), abandonnant les pourparlers, inaugura un régime d'oppression contre les Arméniens établis dans l'empire.
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XV. LES TENDANCES UNIONISTES
Le but politique des Arméniens apparaît clairement dans toutes ces tentatives de rapprochement. A peine eurent-ils conscience de l'inutilité des négociations avec les Grecs, et de l'impression produite en Orient par la croisade, que rehaussait la présence de l'empereur Frédéric Barberousse, qu'ils se tournaient immédiatement du côté des Latins. Ce brusque revirement était motivé par le désir de s'assurer un appui à la fois politique et militaire, en vue de changer leur principauté en royaume. Ce fut là essentiellement l'objectif du prince Lévon II (1185). Les promoteurs de cette politique étaient le patriarche Grigor IV et l'évêque Nersés de Lambron, qui obéissaient aux suggestions de ce prince. Mais l'épiscopat et le clergé des provinces intérieures, connus sous le nom de groupe des docteurs orientaux, qui avaient accueilli avec satisfaction l'échec du concile de Rhomkla, élevèrent des protestations contre les efforts latinophiles de Cilicie. Grigor IV mourut sans rien conclure. Les évêques Grigor Apirat et Nersés de Lambron, candidats probables à la succession, suspects de sympathies occidentales, étaient mal vus par les docteurs orientaux. Aussi le prince Lévon crut gagner les sympathies de ces derniers en faisant élire Grigor V Karavège, jeune évêque de vingt-deux ans. Mais la jalousie des candidats exclus suscita de fausses accusations contre le jeune patriarche, qui fut déposé et enfermé dans le château de Kopitar. On le trouva mort au pied de sa prison (1194) ; on n'a jamais su, si sa fin devait être attribuée à un simple accident ou à un crime. Cependant le désir d'union dominait la situation. Entre l'intransigeance des Orientaux et les dispositions des Ciliciens, le prince Lévon cherchait un terrain d'entente, soucieux de ne pas perdre la couronne royale, qui lui avait été promise par les Latins; ni l'appui des Orientaux, sur lesquels il comptait en vue d'étendre sa domination sur les provinces intérieures de l'Arménie. La nomination de Grigor VI Apirat au siège patriarcat, ne fut pas reconnue par les Orientaux, qui proclamèrent Barsegh II d'Ani. Au surplus, ils exigèrent sa reconnaissance par les Ciliciens et l'éloignement de Nersés de Lambron des affaires du patriarcat (1195). Lévon ne consentit apparemment qu'à cette dernière condition. La scission dura jusqu'à la mort de Barsegh ( 1206) . D'autre part, le rapprochement arméno-Iatin éveillait la méfiance des Grecs, et l'empereur Alexis Angel en prenait occasion pour renouveler les persécutions contre les Arméniens. Le fougueux Nersés de Lambron fut envoyé à Constantinople (1196) pour tenter une nouvelle réconciliation, . Mais sa mission ayant échoué, déçu dans son espoir, il modéra sensiblement son zèle unioniste. Alors les négociations avec les Latins reprirent ostensiblement. Les empereurs d'Orient et d'Occident étaient tombés d'accord, pour concéder à Lévon la couronne royale (1197), mais l'investiture, que le pape devait accorder traîna encore deux ans, qui furent employés à discuter les points et les formules de l'union. Le légat du pape témoigna d'une telle âpreté dans ses exigences, que l'épiscopat arménien refusa d'y souscrire. Lévon, qui n'était dominé que par le souci de ses intérêts, proposa son adhésion personnelle, qu'il jugeait suffisante, mais le légat exigea principalement celle de l'épiscopat. Lévon réussit à provoquer, sinon son adhésion unanime, du moins celle du conseil des douze évêques, ce qui parut satisfaire le légat (1198). Le couronnement eut lieu le 6 janvier 1199 ; le légat posa la couronne sur la tête du roi, et le patriarche donna l'onction; peu après, ce dernier mourait, à l'âge de 82 ans. Lévon, qui s'était montré si zélé envers les Latins, une fois le couronnement fait, parut ne faire aucun cas des conditions arrêtées en commun pour l'oeuvre de l'union. Pendant le patriarcat de Hovhannès VI Medzabaro (1203-1221), Lévon en arriva jusqu'à contrecarrer les instructions du légat, et même à chasser les religieux latins de Cilicie. Le patriarche, également peu favorable aux étrangers, ne tint aucun compte du pacte de 1198. Des scissions particulières éclatèrent peu après à la suite de la proclamation des antipatriarches, mais la mort presque contemporaine de Barsegh d'Ani, d'Anania de Sébaste et de David d'Arkakahin (1206) y mit fin. De leur côté les Orientaux se rallièrent à Hovhannès, grâce à l'intervention de Lazaré Orbélian, représentant du roi de Géorgie, et le patriarche put terminer ses jours en paix (1221). Le long patriarcat de Constantin I de Bartzrberd (1221 1267) fut favorable à l'influence latine en Cilicie. La prépondérance acquise par les Latins, grâce aux expéditions de l'empereur Frédéric II (1228) et celles du roi Louis IX le Saint (1248) d'une part, et de l'autre à la tendance manifestée par les Arméniens de mettre à profit les avantages
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politiques et sociaux résultant de la prééminence des occidentaux, influencèrent favorablement les décisions du gouvernement. C'est à cette époque que les colonies italiennes se multiplièrent en Cilicie; en même temps de nombreuses colonies arméniennes se fondaient en Italie. Les relations qui s'établirent entre les deux nations augmentèrent cette intimité. Le roi Lévon étant mort sans héritier mâle (1219), sa fille Zabel fut couronnée reine à l'âge de seize ans. Son premier mariage avec le comte d'Antioche, Philippe (1222) ne fut pas heureux. Elle épousa en secondes noces Hétoum (Aïton), fils du régent Constantin, prince de Korikos. Proclamé roi (1226), Hétoum se trouva en parfait accord avec les tendances du temps, si bien que le patriarche et ce roi peuvent être considérés comme les principaux instigateurs du rapprochement arméno-Iatin, tant au point de vue politique, qu'ecclésiastique. Mais, il faut dire à leur louange qu'ils ne sacrifièrent à cet idéal d'union rien de leur dignité; ajoutons en passant que tel ne fut pas le cas de leurs successeurs. C'est un point capital à noter, que Constantin et Hétoum, tout en entretenant de bonnes relations avec les Latins, ne cessaient de négocier avec les Grecs, par l'entremise de l'évêque Hacob, surnommé Guitnakan (le Savant) . Ce dernier (1267-1286) et Constantin II Pronagortz (1286-1289), qui succédèrent à Constantin I, secondés par le roi Lévon III (1270-1289), crurent devoir garder leur indépendance vis-à-vis des Latins. Mais le roi Hétoum II (1289-1305) par contre, inaugura une politique des plus serviles. Il fit déposer Constantin II, qui lui résistait, et lui donna pour successeur un simple anachorète, Stépanos IV de Rhomkla, qui tomba aux mains des Égyptiens à la prise de Rhomkla (1293). Hétoum II et les latinophiles réussirent enfin à élever au siège patriarcal Grigor VII d'Annvarza, ardent partisan de leurs idées. Le nouveau patriarche commença par préciser les changements qu'il entendait introduire dans l'église arménienne d'après les idées de l'église romaine. Il venait d'en entreprendre la réalisation, quand des troubles intérieurs l'allertèrent. Après le rétablissement de l'ordre, il convoqua un concile à Sis pour y faire sanctionner ses projets; mais il mourut avant la réunion de cette assemblée (1307). Le roi réussit à faire nommer patriarche Constantin III de Césarée et à faire adopter le programme de Grigor VII, qui, bien que rédigé dans une langue vulgaire, ce qui s'accordait mal avec l'érudition du défunt, passa pour avoir été l'oeuvre de ce dernier. A partir de ce moment jusqu'à la date du transfert du siège de Sis à Etchmiadzine (1441), on constate une volonté de plus en plus marquée vers l'union. Aux rois latinophiles de la famille de Korikos, succèdent des rois latins et catholiques romains de la famille des Lusignans. Cependant la situation politique intérieure était extrêmement critique, à la merci d'éléments perturbateurs. L'entente arméno-latine avait excité la méfiance des Tatars, des Turcs et des Égyptiens; et tandis que les Arméniens ne cessaient de compter sur la protection des puissances chrétiennes, l'Europe, défaite et affaiblie, perdait pied en Asie. Les questions religieuses étaient toujours liées aux questions politiques, comme condition indispensable de succès ; mais alors même qu'elles eussent reçu la solution désirée, elles n'auraient pu, à vrai dire, produire l'effet qu'on en attendait. Les patriarches se succédaient animés, tantôt de sentiments latinophiles, tantôt d'aspirations nationalistes. En tout cas ils ne pouvaient lutter contre les rois catholico-romains de la famille des Lusignans. L'église arménienne réussit cependant à ne pas se laisser gagner définitivement aux principes catholico-romains . Elle garda son indépendance administrative et ses particularités doctrinales, bien qu'elle ne pût prévenir le relâchement de la discipline et celui du bon ordre. Quinze patriarches se sont succédé à Sis depuis Grigor VII jusqu'à Grigor IX en l'espace d'un siècle et demi (1294-1441), et l'on conviendra si l'on tient compte des événements, dont nous venons de faire le récit, que cette résidence n'a guère été de bon augure.
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XVI. LE RETOUR A ETCHMIADZINE
L'église arménienne était en proie à la plus grande confusion dans la première moitié du XVe siècle. Le royaume de Cilicie avait définitivement disparu (1375) ; Sis était tombée au pouvoir des Égyptiens avec le roi Lévon VI; seuls quelques chefs arméniens résistaient encore sur l'Amanus et dans les gorges du Taurus. Pour juger combien le siège patriarcal avait perdu de sa force et de sa splendeur, il suffira de noter que les six derniers patriarches (1377-1432) n'étaient arrivés au pontificat qu'en faisant assassiner leurs prédécesseurs et à prix d'argent. Pour récupérer les sommes versées, ils ne reculaient devant aucune exaction. On ne faisait nul cas de la pureté de la doctrine, et l'on était prêt à toutes les capitulations , pourvu qu'on y trouvât profit. La propagande du catholicisme romain s'exerçait avec succès en Cilicie, grâce à l'activité des missionnaires latins de l'ordre des Franciscains. En même temps l'ordre des Dominicains travaillait à convertir la Grande-Arménie, où il avait formé une congrégation spéciale de Frères « Unitor » latino-arménienne, patronnée par l'évêque Barthélemy de Bologne. La colonie arménienne, établie alors en Crimée, sous la domination des Génois, avait noué, par l'entremise de ces derniers, des relations directes avec Rome. Elle avait même envoyé au concile de Florence (1439) une délégation chargée de négocier l'union. Le siège d'Aghthamar, séparé en 1114, s'était réconcilié avec l'église-mère sous le patriarcat de Hacob III de Sis (1409), par l'entremise du grand docteur, S. Grigor de Tathev, qui s'était employé sagement à mettre fin à cette scission. Les patriarches d' Aghthamar , en présence de la ruine du siège de Sis, soucieux de la pureté de la doctrine et de la tradition, voulurent réagir. Il faut ajouter qu'il y avait là également l'intention de rehausser le prestige de leur siège. L'institut théologique de Sunik, qui jouissait depuis des siècles d'une réputation justement méritée, avait dans les derniers temps gagné un regain de vitalité sous la direction des saints docteurs, Hovhannès d'Orotn († 1388), Maghakia de Khrim († 1384), et Grigor deTathev († 1410). Un nombre considérable de leurs élèves, déplorant l'état lamentable de leur église, avaient voulu y porter remède. Telles furent les causes contradictoires, qui déterminèrent la nation à prendre des mesures radicales. Comme on s'était enfin aperçu qu'il n'y avait ni raison ni utilité à maintenir la résidence patriarcale éloignée de son siège primitif, on songea à la rétablir à Etchmiadzine, à cause de la sécurité, relativement meilleure, dont cette ville jouissait sous la domination persane. Grigor IX Moussabéguian, qui occupait de fait le siège patriarcal, invité à accomplir ce transfert, s'y refusa d'abord, puis y consentit, et une assemblée générale de sept cents membres, entre évêques, archimandrites, docteurs, archiprêtres, princes et notables, réunis à Etchmiadzine (1441, mai), sanctionna cette décision. Puis, pour couper court à tout conflit possible entre les divers candidats, on élut Kirakos de Virap, ecclésiastique en odeur de sainteté, et qui n'avait pris aucune part aux mouvements antérieurs. On mettait ainsi fin aux compétitions de Zakaria, patriarche d'Aghthamar, de Zakaria de Havoutztar, chef de l'institut de Sunik, et de Grigor Djélalbeguian, archevêque d'Ardaze, qui se trouvaient écartés par cette élection. Une ère meilleure semblait s'annoncer pour l'église. Du coup, les tendances unionistes n'avaient plus de raison d'être, et le siège d'Aghthamar était définitivement rallié ; des hommes capables se trouvaient à la tête du mouvement de restauration, dont les forces concentrées était de bon augure. Malheureusement les passions allaient tout compromettre; l'intérêt individuel primant l'intérêt général, l'église ne put réaliser son idéal de paix. Le patriarche Kirakos incapable de dominer la situation, abdiquait au bout de deux ans (1443) ; il était remplacé par Grigor X Djélalbeguian. Zakaria d'Aghthamar, qui s'était fait proclamer patriarche suprême après la démission de Kirakos, renversait ce dernier et occupait Etchmiadzine (1461), mais il n'achevait pas l'année. Grigor X revenait au pouvoir, et ceux qui l'avaient aidé à réintégrer le siège, étaient élevés aux honneurs du patriarcat comme coadjuteurs avec pleins titres et pleins pouvoirs. C'est ainsi qu'Aristakes II Athorakal et Sarkis II Atchatar furent appelés à cette charge. C'est à partir de ce moment, et durant deux siècles, que prévalut à Etchmiadzine le système d'agréger au siège patriarcal des coadjuteurs avec titres et attributions de patriarche; et cela dans le but de satisfaire aux ambitions de certains évêques et de se concilier la sympathie des factions. La seule conséquence heureuse qui découla de cet état de choses, fut de faciliter l'ordre de succession
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par l'intronisation immédiate du coadjuteur doyen. Car, par suite à des troubles qui agitaient alors le pays et de la dispersion des Arméniens, la convocation des Assemblées électorales était devenue des plus difficiles. Depuis les premiers siècles, la possession de la relique du Bras-droit (Atch) de S. Grigor Loussavoritch était considérée comme un apanage de la dignité patriarcale; c'est avec le “ Saint Atch “ que s'accomplissaient les consécrations, même celle du saint-chrême. Cette relique avait suivi les patriarches dans leurs longues pérégrinations. Par suite, le transfert du siège de Sis à Etchmiadzine dut être validé par la présence de cette relique. Zakaria d'Aghthamar pour légitimer ses prétentions s'en empara, et il l'emporta avec lui, quand il fut chassé d'Etchmiadzine (1462). La relique resta à Aghthamar, d'où elle fut enlevée de nouveau et portée à Etchmiadzine par l'évêque Vertanès d'Odzop (1477), qui l'enleva dans des conditions curieuses. Les troubles d'Etchmiadzine et la soustraction du saint Atch encouragèrent l'évêque Karapet de Tokat, à restaurer le siège de Sis, en se prévalant de la pseudopossession d'un saint Atch (1447). C'est depuis lors que fut créé le siège patriarcal de Sis, qui se perpétue encore de nos jours, bien que réconcilié avec l'église-mère. Le siège d'Etchmiadzine fut en proie aux troubles extérieurs et intérieurs, qui durèrent jusqu'à l'élection de Movsès III de Tathev (1629). Plus d'une trentaine de dignitaires s'étaient succédé à titre de patriarches ou coadjuteurs, sans qu'apparut parmi tant d'hommes un seul caractère capable de dominer la situation. La ville d'Etchmiadzine faisait alors partie des possessions persanes, et les gouverneurs ou khans d'Erivan, ne voyaient dans ces dissensions qu'une occasion d'extorquer de l'argent. Ils se rangeaient invariablement du côté du plus offrant, et quand ils ne trouvaient pas preneur, ils soumettaient les patriarches aux tortures corporelles pour les rançonner. Dans ces conditions rien de sérieux ou de régulier ne put être entrepris, et c'est un état de décadence complète qui caractérise cette époque. Le seul patriarche digne d'être cité, Mikaël de Sébaste (1542-1564-1570), sut contenir les ambitions des patriarches d'Aghthamar et de l'Albanie Caspienne. On lui doit la création de l'imprimerie arménienne. Il envoya en Italie (1562), Abgar de Tokat, pour en étudier les procédés; pour lui faciliter la tâche il le munit de lettres de recommandation auprès du pape Pie IV. Les premières éditions parurent à Venise en 1565 sous la direction d'Abgar. Cependant des éditions antérieures subsistent qui remontent â 1512; elles sont l'oeuvre d'éditeurs européens et de commerçants arméniens. L'initiative du patriarche Mikaël fut des plus heureuses; à partir de ce moment les imprimeries arméniennes se multiplièrent à Venise, à Rome, à Constantinople, à Etchmiadzine, à Ispahan et à Amsterdam. L'oeuvre la plus importante et de toutes la meilleure fut la publication illustrée de la bible par l'évêque Oskan à Amsterdam, en 1666.
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XVII. LE PATRIARCAT DE CONSTANTINOPLE
C'est au moment ou s'effectua le transfert du siège patriarcal suprême de Sis à Etchmiadzine, qu'eut lieu la création d'un siège spécial à Constantinople. Mahomet II, après la conquête de cette ville, usa d'une mesure radicale pour s'assurer la soumission des Grecs. La législation ottomane était toute religieuse, et les droits individuels et sociaux s'inspiraient exclusivement des principes islamiques. Les puissances musulmanes, en soumettant les pays chrétiens, se trouvaient dans l'alternative, ou d'imposer leur religion aux populations vaincues, ou bien de leur octroyer une autonomie administrative et sociale. Aucun de ces deux cas ne pouvait s'appliquer à Constantinople, gui venait d'être proclamée capitale du nouvel empire musulman. Le conquérant se crut donc obligé d'octroyer au chef religieux des Grecs, des attributions sociales et civiles sur les points en relation stricte avec leur religion. Ainsi toutes les affaires concernant la vie familiale, comme le mariage, l'instruction publique, la bienfaisance, le culte et ses ministres, l'administration cultuelle, etc., furent abandonnées à la juridiction des chefs religieux. C'est ainsi que le patriarche se trouva revêtu d'une espèce de juridiction civile ou patriciat impérial ( 1453). Après avoir établi de la sorte le statut personnel des Grecs, Je conquérant s'avisa de leur opposer un autre élément chrétien, qu'il jugeait plus attaché à ses intérêts. Il transféra à Constantinople une nombreuse colonie arménienne, qu'il distribua dans les quartiers excentriques, à l'intérieur des murs et à proximité des portes principales. En même temps, par surcroît de précaution, les Grecs étaient groupés dans les quartiers du centre, éloignés des tours et des murailles. Les Arméniens jouissaient de la confiance des Turcs, depuis Osman I Ghazi . La nouvelle colonie fut mise sur le même pied que l'élément grec. L'évêque Hovakim, métropolitain des colonies arméniennes de l'Asie-Mineure, appelé de Brousse à Constantinople, reçut les titres, les honneurs, ainsi que les attributions qu'on avait reconnu au patriarche grec (1461). C'est ainsi que les deux patriarches, grec et arménien, furent reconnus comme chefs des deux grandes fractions chrétiennes orthodoxes de l'Orient: Cette division fut établie sur la base de la profession de foi, indépendamment de toute considération de race ou de nationalité. Tous les orthodoxes diophysites : Grecs, Bulgares, Serbes, Albanais, Valaques, Moldaves, Ruthènes, Croates, Caramaniens, Syriens, Melkites et Arabes, furent rattachés avec leurs chefs respectifs à la juridiction du patriarche grec. Quant aux orthodoxes monophysites, comprenant les Arméniens, les Syriens, les Chaldéens, les Coptes, les Géorgiens et les Abyssiniens, ils furent soumis, avec leurs chefs respectifs, au patriarche arménien. Les Juifs ne possédaient pas alors de situation légale, et les catholiques romains ou Levantins, étaient considérés comme étrangers. De sorte que ceux des indigènes qui embrassaient le catholicisme romain, ne pouvaient pas se prévaloir de leur conversion au point de vue de certains actes extérieurs religieux, comme le baptême, le mariage et les enterrements, etc. Cette situation s'est maintenue intacte pendant des siècles, et ce n'est que vers la moitié du siècle dernier qu'on y a mis fin par la création d'un patriarcat catholique (1830) ; création qui en amena d'autres d'après les différences de rites et des professions de foi. Les patriarches arméniens de Constantinople, au cours de cette même période, se sont attachés à centraliser, dans les limites du possible, les affaires intérieures de la nation. Ieur action administrative s'est progressivement étendue sur toutes les provinces de l'empire, y compris les diocèses régis spirituellement par les patriarcats de Sis, d'Aghthamar et de Jérusalem. L'histoire de cette première époque n'enregistre que des conflits entre les sièges et les diocèses, et cela au milieu de troubles politiques et de guerres continuelles. Mais nous les passerons sous silence, ne voulant pas charger cet aperçu historique de récits qui nous éloigneraient de notre but.
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XVIII. L'ÈRE DU RÉVEIL
Nous avons poussé le scrupule jusqu'à l'indiscrétion dans l'exposé de l'état lamentable où était tombé au moyen âge la nation arménienne, et son église. Mais, pour être juste, il faut ajouter que cette dernière n'est point responsable de ses malheurs; car on ne saurait lui imputer le triste état de sa condition sociale et civile, comme certains apologistes du romanisme ont osé le faire. La décadence de l'Occident au moyen âge, et les abus qui s'y commettaient au nom de la religion, ne suffisent-ils pour démentir leurs assertions ? Avant de porter un jugement sévère sur les chrétiens d'Orient, on doit se représenter les ruines et la désolation semées par les hordes venues de l'est et du sud, ainsi que les persécutions dont ils ne cessaient d'être victimes de la part des vainqueurs. Qu'on songe aux ténèbres intellectuelles que ces derniers se plaisaient à entretenir chez les peuples qu'ils soumettaient; à l'absence totale de tous moyens, moral et matériel, pour les dissiper; enfin aux énormes sacrifices, auxquels ils durent se soumettre pour conserver même leur existence matérielle. Et cependant, c'est encore à la nation arménienne que revient le mérite, la Première en Orient, d'avoir donné le signal de la résurrection, par les efforts accomplis pour échapper à cette pénible situation qu'aucune amélioration sociale ne vint jamais atténuer spontanément; désespérément elle n'A cessé de tendre les mains partout où elle a vu luire un espoir de salut. La Renaissance venait à peine de jeter sur l'Occident ses premières clartés, que les Arméniens s'empressaient d'accourir en Europe, avides de régénération intellectuelle. La mission envoyée par le patriarche Mikaël, partie du fond de l'Asie au bruit de l'invention de Gutenberg, en offre un exemple remarquable. Malheureusement l'Occident se trouvait alors en proie au fanatisme religieux, mis au service de la plus intolérante politique. II ne faisait rien pour ceux qui ne cédaient pas aux avances du catholicisme romain. La condition indispensable, pour en obtenir aide et appui, était la soumission à la papauté, suprême arbitre de l'époque. Ceux qui érigeaient les autodafé, pouvaient- ils raisonnablement se porter au secours des églises d'Orient? Peut-on oublier que les disciples de François d'Assise, de Dominique Guzman et d'Ignace de Loyola, employaient leur zèle apostolique à la conversion des anciens chrétiens d'Orient au christianisme nouveau de l'Occident? Sans répit, ils s'efforçaient d'imposer aux dépositaires des dogmes de l'église primitive, les innovations de la scholastique latine. Dans ces circonstances pénibles, les Arméniens s'attachèrent à observer une conduite, tantôt conciliante, tantôt intransigeante; conciliante, toutes les fois que les sacrifices demandés restaient dans les limites d'une sage tolérance; intransigeante, quand on allait au delà de ce que permet la prudence; conciliante, quand ils en espéraient quelque profit; intransigeante, quand le profit devait s'acheter au prix de sacrifices excessifs. II y en eut pourtant, qui n'hésitèrent pas à pousser l'esprit de conciliation jusqu'à l'extrême limite, emportés qu'ils étaient par l'ardeur de leurs convictions progressistes; mais les autres se refusèrent à toute abdication, même apparente. Ces faits ne doivent pas être perdus de vue, si l'on tient à s'expliquer les événements, auxquels a donné lieu le désir de participer au mouvement des esprits, qui s'opérait en Occident. Parmi les hommes qui se vouèrent à cette oeuvre, nous devons en première ligne nommer le patriarche Movsès III de Tathev, qui s'était consacré, bien avant son avènement, à une oeuvre de réformes et de réorganisation. Le siège d'Etchmiadzine doit à son zèle les restaurations qui le relevèrent d'une ruine complète. Il obtint du gouvernement persan la fin des exactions dont l'église était victime, et même des exonérations d'impôts, et il reprit avec succès la réforme des moeurs et des doctrines ecclésiastiques. Son élévation au patriarcat ne fut que la rémunération des services rendus, car son activité y fut de courte durée, de trois ans seulement (1629-1632). Piliphos (Philippe) d'Aghbak (1633-I655), qui lui succéda, continua l'oeuvre réparatrice de son prédécesseur. Il entreprit un voyage en Turquie, où il contribua puissamment au règlement des affaires des patriarcats de Constantinople et de Jérusalem. Il convoqua dans cette dernière ville un concile ( 1651 ), pour mettre un terme au conflit qui divisait Etchmiadzine et Sis ; il sanctionna la communion de ce dernier siège avec l'église-mère, comme cela avait eu lieu précédemment pour le siège d' Aghthamar . En outre, il s'attacha à améliorer les conditions matérielles du siège patriarcal, et dans ce but il entreprit l'irrigation des terres d'Etchmiadzine au moyen d'un ingénieux système de
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canalisations. Hacob IV de Djouha (1655-I680), qui lui succéda, s'engagea dans la même voie. Mais malheureusement de sérieuses complications venaient d'éclater à Constantinople, qui absorbèrent son attention. Les missionnaires de Rome, sous la conduite du père Clément Galano, venaient de gagner à leur cause un groupe d'Arméniens. Un de leurs adeptes, Thomas d'Alep, avait même réussi à s'emparer du patriarcat, mais il n'y resta pas longtemps; car il en fut aussitôt chassé par le peuple. En même temps, l'évêgue Yéghiazar d'Aïntab, qui avait occupé tour à tour les patriarcats de Constantinople et de Jérusalem, se faisait proclamer patriarche suprême de la Turquie, contre Etchmiadzine. Hacob dut venir en personne à Constantinople (1664), où il fut assez heureux de remettre un peu d'ordre dans les affaires (1667). Mais la recrudescence des troubles et les efforts de l'évêque Nicol pour imposer le catholicisme romain aux Arméniens de Pologne, rendirent indispensable un nouveau voyage à Constantinople (1679). Il l'accomplit malgré son grand âge, mais il succomba aux fatigues, et mourut âgé de 82 ans (1680). Il fut inhumé dans le cimetière de Péra, où jusqu'ici son tombeau est l'objet de la vénération des fidèles. Le siège resta vacant pendant deux ans, à cause des troubles soulevés par Yéghiazar. Ce ne fut qu'après ce délai, qu'on procéda à l'élection, et ce fut précisément sur ce dernier que tomba le choix. Son pontificat, qui dura neuf ans (1682-1691), fut fécond en résultats heureux. Comme ni les bonnes intentions, ni la capacité, ne lui faisaient défaut, une fois son ambition satisfaite, il dirigea tous ses efforts vers le bien. Aussi a-t-il laissé une mémoire justement honorée dans la série des patriarches suprêmes de l'église arménienne.
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XIX. PENDANT LE XVIIIe SIÈCLE
L'amour du progrès et de l'instruction, nourri par les Arméniens, qui ne reculait devant aucun moyen pour se satisfaire, facilita singulièrement les efforts des missionnaires romains pour propager leur foi. Tout un groupe de partisans actifs du catholicisme romain s'était formé à Constantinople pendant le XVllle siècle, Ils s'étaient laissés circonvenir par les missionnaires de Péra, protégés et guidés par les représentants des rois Très-Chrétiens. Bien que les nouveaux catholiques ne cessassent de relever officiellement du patriarcat arménien, ils formaient un parti actif, qui ne tendait à rien moins qu'à s'emparer de l'administration nationale. Les conservateurs zélés de l'église, forts par le nombre et par leur influence auprès du Divan, fidèles aux traditions, usaient de tous les moyens pour déjouer leurs menées. Comme les nouveaux adeptes entretenaient des relations suivies avec les étrangers, ils cherchèrent à les rendre suspects aux yeux du gouvernement. Telles furent l'origine et la signification des mesures provoquées par le patriarcat et édictées par le gouvernement contre les arméniens catholicisants; ces mesures qui ont été taxées de persécutions religieuses, n'étaient en réalité qu'une arme de combat. De leur côté, les néo-catholiques n'hésitaient pas à user de moyens analogues contre le patriarcat, qu'ils accusaient de favoriser les aspirations moscovites. En dehors de Constantinople le catholicisme romain obtint quelques succès à Mardin et à Alep. Les évêques Melcon Tasbasian et Abraham Ardzivian s'y étaient ouvertement déclarés en sa faveur. Cette défection ne tarda pas à leur attirer les mesures coercitives du patriarcat. Les catholiques, à leur tour, mirent à profit le crédit des ambassadeurs de France, pour accabler ce dernier. On connaît l'aventure du patriarche Avédik de Tokat, qui, sur l'intervention de l'ambassadeur du roi, fut une première fois emprisonné aux Sept- Tours (1703), puis, après avoir été furtivement enlevé de Tén~dos, où il avait été exilé, transféré en France (1700), où il fut jugé et condamné par l'Inquisition (1711). Nous devons également une mention spéciale à Mekhitar de Sébaste, ecclésiastique avide de progrès, aux idées larges, qui essaya de profiter de la domination vénitienne en Morée, pour y fonder une maison monastique d'instruction (1712) sous les auspices du catholicisme; mais il dut renoncer à ce dessein par suite de l'évacuation du pays par les Vénitiens. Alors, il prit la résolution de s'établir dans l'ilôt de San-Lazaro à Venise (1717). Mekhitar dut se plier aux exigences de la curie romaine pour pouvoir se consacrer librement à son oeuvre de culture intellectuelle; sagement il s'abstint de prendre part à l'oeuvre de prosélytisme. Cette conduite si conforme aux intérêts nationaux, fut de tradition dans sa congrégation au cours du XVIIIe siècle, mais depuis, d'autres idées ont prévalu dans son sein. Néanmoins nous nous plaisons à rendre hommage aux services rendus à la nation par les Mekhitaristes de Venise et de Vienne, qui ont tant fait pour enrichir la langue et la littérature arméniennes. Un autre institution monastique, la congrégation Antonine, était fondée à la même époque par Abraham Attar, sur les montagnes du Liban, en pays Maronite. Tout en répondant au but qu'on s'était proposé en choisissant un pays latin, la position du Liban offrait de plus l'avantage de conserver le contact avec la nation. Les Arméniens des provinces méridionales de la Turquie, encore pénétrés des souvenirs du royaume de Cilicie, étaient plus accessibles au catholicisme romain. Ils eurent même la témérité, avec le concours de deux évêques et de quelques prêtres, de créer un siège patriarcal catholique de Cilicie. Le premier titulaire fut l'évêque Abraham Ardzivian (1740), qui s'empressa d'aller se présenter au pape Benoît XIV en qualité de patriarche suprême des Arméniens. Ce pape, certes, savait à quoi s'en tenir sur la valeur de ces prétentions, mais il n'eut garde de les décourager; car il y vit une occasion de réaliser ses desseins en Orient. Il reconnut donc l'institution d'un patriarcat arméno-catholique officiellement soumis à la curie romaine (1742). Ces institutions catholico-romaines, entretenues par la Propagande de Rome et protégées énergiquement par le gouvernement français, ont contribué puissamment à l'extension du catholicisme parmi les Arméniens au cours du XVIIIe siècle. Cependant on peut remarquer que les résultats obtenus ne furent nullement proportionnés aux efforts et aux moyens mis en ceuvre. Le contact européen, effet direct du prosélytisme, a contribué, on ne saurait le nier, à élever le niveau intellectuel de la nation, mais nous pensons que ce résultat eût pu être obtenu par des moyens différents; l'évolution naturelle des esprits en marche eût
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suffi. Nous en avons la preuve dans l'initiative de Vardan de Baghesch, supérieur du monastère d'Amlordi, qui sut donner une vive impulsion à l'instruction publique dans les provinces. Ses élèves, Hovhannés Kolot et Hacob Nalian, patriarches de Constantinople, et Grigor Schikhtaïakir, patriarche de Jérusalem, ont su rendre des services éclatants sans se départir de leur fidélité à l'église. C'est grâce à leurs efforts, que le XVIIIe siècle a marqué un progrès sensible dans la vie nationale et dans les affaires de l'église. Nous venons de donner dans ces dernières notes, une place prépondérante au patriarcat de Constantinople. Nous trouverons notre justification dans ce fait que les événements qui marquent l'histoire du patriarcat suprême commençaient à perdre de leur importance. Du jour où un siège patriarcal et une forte colonie se furent installés dans la capitale de la Turquie, cette ville devint le centre de la nation arménienne. Les dix patriarches suprêmes qui ont succédé à Yéghiazar d'Aïntab, depuis Nahapet d'Édesse (1691-1705) jusqu'à Hacob V de Schamakhi ( 1759-1763), ne se sont signalés par aucun acte digne de mention; ils n'ont brilllé que par leur zèle pour le bien du patriarcat. Siméon d'Érivan (1763-1780) qui leur succéda, est regardé comme la plus grande figure du siècle. Son inlassable activité fut féconde en oeuvres utiles, comme le cadastre régulier qu'il établit des propriétés d'Etchmiadzine, la revendication des droits du siège suprême, l'organisation d'un séminaire, l'introduction de l'imprimerie, et la création d'une fabrique de papier. C'est encore à lui qu'on doit l'établissement des premiers rapports avec l'empire russe, la fondation des archives patriarcales, enfin la révision du calendrier liturgique, lequel, malgré quelques critiques, s'est généralisé dans l'église. Ghoukas (Luc) de Karin, qui lui succéda (1780-1799), se préoccupa de compléter l'oeuvre de Siméon. Il créa un conseil permanent de six évêques pour assister le patriarche et pour assurer le cours régulier des affai res ecclésiastiques. Après quoi il enrichit l'intérieur de la basilique patriarcale. Zakaria Pokouzian (1773-1799), qui clôt la série des Patriarches de Constantinople de ce siècle, fut le digne émule de Siméon par son activité réformiste. Son plus grand mérite fut de donner une vive impulsion à l'instruction du clergé, On le vit se consacrer personnellement à l'enseignement, pour former des élèves capables; puis une fois préparés, il les plaça à la tête des oeuvres scolaires et dans l'administration. Le séminaire d'Armache, qui a donné à l'église tant de patriarches et d'évêques distingués, fut une création de Bartholoméos Kapoutik et de Poghos Karakotch, élèves de Zakaria.
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XX. PENDANT LE XIXe SIÈCLE
Ghoukas et Zakaria étant morts la même année (1799), le XIXe siècle commença par des luttes électorales, qui furent vives. Il s'agissait de pourvoir aux vacances des sièges d'Etchmiadzine et de Constantinople. La grande révolution, qui alors bouleversait l'Occident, ne fut pas sans exercer quelque influence sur l'esprit des Arméniens. Hovsep Arghoutian, David Gorganian et Daniel de Sourmari se disputaient le siège d'Etchmiadzine, et chacun avait ses partisans. Le premier l'emporta, mais il mourut avant de prendre possession du trône patriarcal. Son compétiteur parvint à s'y maintenir durant quelques années; mais ayant été chassé, il fut remplacé par le troisième (1804-1809). Ce ne fut qu'alors que la tranquillité put être rétablie à Etchmiadzine . A Constantinople, les chefs de l'église se succédaient avec une rapidité non moins remarquable. Daniel de Sourmari, David Gorganian, Hovhannès Tchamaschirdjean, Grigor de Khamsi, et de nouveau Hovhannès, se remplacèrent en l'espace de trois ans (1799-1802). Seul ce dernier parvint à se maintenir quelque temps (1802-1813). Il sut profiter de cette accalmie pour remettre un peu d'ordre et de régularité dans les affaires. Le trait essentiel et caractéristique du XIXe siècle, c'est l'intervention de la nation, dans les affaires de l'église et le concours des conseils nationaux dans son administration. Le premier essai de ce régime fut tenté pour résoudre dans la mesure du possible la question suscitée par les adeptes du catholicisme romain. II s'agissait de chercher un compromis pour éviter des scissions qui menaçaient de prendre de grandes proportions, par suite de l'attitude du gouvernement français, soucieux d'étendre son influence en Orient. A cet effet on forma une première commission, qui se réunit au patriarcat (1810). Plus tard une autre la remplaça (1816), dans le but de ménager un colloque entre les théologiens des deux confessions dissidentes. Trois ans se passèrent en controverse (1817-1820), sans qu'on parvînt à s'entendre: les divergences ne firent même que s'accentuer. Tandis que les uns manifestaient des aspirations séparatistes, les autres défendaient à outrance le principe de l'union. Enfin, après la paix russo-turque de 1829 et l'intervention des puissances européennes, le gouvernement ottoman, pour couper court aux disputes, décida de créer une communauté ou nationalité (millet) autonome, qu'on désigna sous le nom de Katolik (catholique). Cette communauté comprenait tous les adeptes du catholicisme romain sujets ottomans, sans distinction de race ou de rite (1830). Cette solution eut pour effet d'encourager les puissances protestantes à suivre le même exemple. Un premier missionnaire débarquait à Constantinople un an après la création de la communauté Katolik (1831). A partir de ce moment le prosélytisme se développa considérablement, aidé par les établissements scolaires et par des subsides, qui permettaient d'acheter les consciences. On travailla si bien que bientôt une nouvelle communauté ou nationalité (millet) autonome se formait sous le nom de Protestan (protestante), laquelle comprenait des protestants de toute race et de toute confession (1847). Ces deux communautés séparatistes, bien que créées sur la base exclusive de la profession de foi sans distinction de race, finirent par devenir arméniennes. Et il ne nous coûte point d'avouer que si ces institutions eurent pour conséquence d'affaiblir la nation, elles contribuèrent du moins à lui procurer quelques avantages au point de vue des relations avec le monde occidental. A cette même époque, Etchmiadzine était le théâtre de grands changements politiques. Comme la domination persane, exercée par des khans presque autonomes, devenait de plus en plus insupportable, les Arméniens se prirent à tourner leurs regards vers le czar de Russie. En attendant, ils cherchèrent à se soustraire à ces persécutions, en émigrant en masse sur le territoire russe, mais on crut remédier plus efficacement à la situation en invitant son gouvernement à s'établir au Caucase. Comme l'archevêque Hovsep Arghoutian avait été le promoteur de cette politique, il devint l'objet des faveurs de Catherine II (1762-1796) et de l'empereur Paul (1796-1801), et le titre de prince fut décerné aux membres de sa famille. La domination russe a fait depuis son chemin et ses invasions aboutirent à l'occupation d'Erivan et d'Etchmiadzine, à laquelle contribuèrent les volontaires arméniens commandés par l'archevêque Nersés d'Aschtarak ( 1828). A cette occasion, l'empereur Nicolas I (1825-1855) se prodigua en promesses, au point de faire luire à leurs yeux l'espoir d'une autonomie politique. Comme gage de ses bonnes intentions, il avait même donné momentanément
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le nom d'Arménie à ses nouvelles provinces. Mais ce ne fut là qu'une simple manoeuvre imaginée dans le but de faciliter ses projets de domination. Une fois le pays soumis, le gouvernement du czar chercha même à soumettre le spirituel. C'est ainsi que le règlement (pologénia) spécialement édicté (1836) pour établir les rapports de l'administration patriarcale, ouvrit toutes grandes les portes à l'intervention de l'autorité politique. Les observations que purent faire à cet égard les Arméniens de Russie, de Turquie et des Indes restèrent sans résultats, et le pologenia n'a cessé d'être en vigueur dans son intégrité. De tout temps, le patriarcat arménien de Constantinople a été géré par l'autorité absolue des patriarches. A leur tour ils étaient soumis à l'influence et à la prépondérance des amiras, qui étaient les notables de la nation . Ces derniers n'avaient, à vrai dire, d'autres titres à la notabilité, que ceux que leur conférait leur fortune. Mais les abus inséparables de cette situation anormale, jointes au mouvement des esprits, et à l'apparition d'une nouvelle génération instruite en France, amenèrent la participation aux affaires de toutes les classes sociales. De ce jour la formation des conseils se fit d'après le principe de l'élection. Tout d'abord un premier conseil fut nommé pour la gestion financière exclusivement (1841). Puis on en forma un autre pour l'administration générale, composé de quatorze ecclésiastiques et de vingt laïques (1847) ; et ce dernier créait plus tard un conseil spécial de l'instruction publique (1853). Comme on sentit le besoin d'un règlement pour déterminer leurs compétences et régler leur mode de gestion, on élabora enfin une constitution (sahmanadrouthiun) ou statut arménien (I860). Cet acte important fut soumis ci la sanction du gouvernement ottoman; mais son approbation ne fut pas obtenue sans difficulté. Car ce ne fut qu'au bout de trois ans de négociations, et après maintes démonstrations populaires que le Divan se décida à accomplir cette formalité (1863). Ces règlements, qui peuvent être considérés comme une conséquence du progrès intellectuel réalisé par la masse, ont été à leur tour une cause de développement national, grâce à cette évolution spontanée, qui se vérifie dans le domaine intellectuel et social, où l'on voit les actes en produire d'autres, qui, à leur tour, amènent de nouveaux effets. C'est en vertu de cette loi naturelle, que se propage le progrès dans les sociétés humaines. Le XIXe siècle a marqué dans l'ordre social, une amélioration notable, par la multiplication des écoles, et le nombre croissant des étudiants instruits dans les universités européennes, par la propagation de l'instruction primaire, par la fondation, en Turquie comme en Russie, de maisons de commerce et de banques, et par l'accession des individus d'origine arménienne aux plus hautes charges politiques et diplomatiques de leurs pays d'adoption. L'étroite relation, qui a toujours existé, entre la nation et son église, a fait que celle-ci, à son tour, a largement profité de l'émancipation des esprits. Une administration plus régulière et plus énergique, un clergé plus instruit, des bâtisses plus convenables, des offrandes plus abondantes, des rites plus touchants, des prédications plus édifiantes, tels ont été les Progrès réalisés au cours de ce siècle. Cette ascension continuelle des esprits devait nécessairement diriger les aspirations des Arméniens vers un idéal plus parfait de bien-être social, et les déterminer à faire parvenir aux oreilles du monde civilisé le désir légitime de participer effectivement aux bienfaits de la civilisation moderne. Maintenant que nous sommes sur ce terrain, nous pourrions nous étendre sur les qualités de l'élément arménien, énumérer les aptitudes dont il a donné toujours des preuves éclatantes dans les diverses branches de l'activité humaine, et définir le rôle qu'il a joué dans les pays et chez les peuples, parmi lesquels il a vécu. Mais, pour l'instant, nous nous abstiendrons de toute incursion dans cet ordre d'idées. Toutefois, avant de clore ce chapitre, nous résumerons notre pensée en disant que les mouvements de civilisation, de progrès et de liberté, qui se sont produits au sein de la nation arménienne en Russie, en Turquie, comme en Perse, depuis les temps modernes, sont dus en grande partie à l'action de son clergé.
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