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L'eglise Arméniénne

Par Mgr Malachia ORMANIAN

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Le nom de l'Eglise Arménienne

L'Eglise Arménienne suite 4

DIOCESE DE L’EAA
CATHEDRALE DE PARIS
ARNOUVILLE LES GONESSES
ALFORTVILLE
ISSY LES MOULINEAUX
CHAVILLE
LYON
DECINES
SAINT ETIENNE
CHARVIEU CHAVAGNEUX
ST. SAHAG – VALENCE
ST GREGOIRE – VALENCE
GRENOBLE
ROMANS
VIENNE
CATHEDRALE PRADO MARSEILLE
MARSEILLE 13009
MARSEILLE 13010
MARSEILLE 13012
MARSEILLE 13013
ST.GARABED 13015
ST THADDEE 13015
ST. JACQUES 13015
LA CIOTAT
NICE
ST RAPHAE

 

DOCTRINE

XXI. LES PRINCIPES DES DOGMES

Si, d'une part, il est vrai que toutes les branches et dénominations du christianisme plongent leurs racines dans les évangiles, que sont venus compléter d'abord les épîtres du Nouveau Testament, et, en second lieu, les livres du Vieux Testament, nous voyons, d'autre part, les diverses communions, qui le composent, non seulement différer entre elles sur des points essentiels, mais se trouver souvent en contradiction flagrante dans les questions de doctrine. Et pourtant, en dépit de ces dissentiments, aucune d'elles ne renonce à la base des évangiles; toutes unanimement prétendent puiser leurs doctrines à cette même source. Le phénomène est à la fois étrange et réel. La cause, il faut la chercher dans la teneur et dans le style de ces livres, qui ne présentent qu'une doctrine à l'état primordial, et, s'il nous est permis de nous servir d'une expression usuelle, à l'état de matière première, de matière brute, susceptible de prendre la forme que l'artiste entend lui donner. On ne saurait cependant, en matière de doctrine, laisser libre cours à l'arbitraire ou au caprice individuel ou collectif, pour énoncer telle ou telle proposition doctrinale . Une pareille liberté a été pourtant tolérée par les réformateurs protestants, dont les principes ont glissé, par une pente insensible, jusqu'au rationalisme absolu, si bien qu'à l'heure actuelle c'est à peine si l'on parvient à distinguer dans leurs croyances les traces du christianisme révélé. Leur doctrine, à proprement parler, se réduit à une conception purement philosophique. Disciples fidèles de l'église arménienne, attachés avec ferveur aux traditions anciennes, nous n'avons garde de nous engager dans une pareille voie; nous entendons nous fixer sur le terrain positif et traditionnel, et ne raisonner que conformément aux principes admis par l'autorité reconnue. Les dénominations chrétiennes se rapportent à deux grandes branches dont l'une est constituée sur les bases de Ia hiérarchie et du ritualisme. Toutes les églises anciennes se rattachent invariablement à cette branche. Les autres rentrent dans la catégorie des églises issues de la réforme du XVle siècle. Parmi ces dernières, seule l'église épiscopale anglicane, qui admet la hiérarchie et le ritualisme, peut être rangée dans la catégorie des églises anciennes. Dans le système propre à la première catégorie, c'est aux conciles oecuméniques qu'appartient exclusivement le pouvoir d'extraire la doctrine précise de la matière première des livres saints, et de formuler les propositions dogmatiques. Cependant ils ne sauraient s'écarter des données de la tradition, ni s'arroger la liberté de suivre leurs propres inspirations, ni les raisonnements purs et simples de l'entendement individuel. Pour mieux nous faire entendre, établissons tout d'abord, qu'il convient de distinguer entre un dogme et une doctrine. Le dogme est une proposition tirée des livres saints et énoncée en une formule claire et nette. Elle doit être acceptée par les fidèles d'une église donnée, sous peine de s'éloigner du giron de cette église. La doctrine est une énonciation ou explication, tirée également des livres saints et corroborée par la tradition. Par suite, elle peut être admise comme une assertion saine et certaine ou quasi certaine; mais rien n'oblige les fidèles a s'y soumettre absolument. Dans tous les cas, ils ne sauraient être exclus de l'église, s'ils la rejettent. Le dogme, c'est l'enseignement de l'église, la doctrine ne relève que de l'école. Les dogmes ,appartiennent à la religion, les doctrines à la théologie. Ies églises anciennes ont recouru à l'autorité des conciles oecuméniques, toutes les fois qu'il s'est agi de trancher une difficulté soulevée à propos d'un dogme. Cette règle n'a jamais cessé d'être rigoureusement observée depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours. Seule l'église romaine a cru devoir, dans la seconde moitié du XIXe siècle, enlever cette prérogative aux conciles, pour l'attacher à la personne du pape. Mais, pour arriver à justifier cette usurpation, elle n'a pu faire moins que de recourir à cette même autorité, qu'elle dépouillait, l'obligeant ainsi à un suicide moral. Mais n'insistons pas. On sait que l'autorité des conciles oecuméniques dans la formulation des dogmes, dérive en premier lieu de la promesse de l'assistance divine; c'est-à-dire, qu'elle est basée sur l'appui spirituel promis à l'église. D'autre part, elle résulte aussi de la force dialectique, puisée dans la généralité et dans la proximité des traditions.
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C'est pourquoi, dans les conciles oecuméniques, c'est moins le nombre des individus qui fait autorité que celui des églises qui y sont représentées. Il s'ensuit donc que les membres d'un concile qui n'appartiennent qu'à une seule église, seraient-ils au nombre de mille, se trouvent représenter que la tradition de cette église. Tandis que, s'ils représentent diverses églises, ils expriment l'opinion dominante de l'église universelle. De même, s'il y a proximité de temps entre l'origine de la tradition et son attestation, la force du témoignage s'impose. Peut-on raisonnablement donner quelque valeur à un témoignage qui se rapporte à des faits ou à des propos vieux de dix-neuf siècles ?
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XXII. LES DOGMES DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE.

Nous avons dit que les conciles oecuméniques étaient la source officielle des dogmes des églises anciennes . L'église latino-catholique, alias romaine, est celle qui a su le mieux tirer parti de cette tradition. Elle admet vingt conciles oecuméniques, en commençant par celui de Nicée au quatrième siècle, pour finir par le concile du Vatican au dix-neuvième. L'église byzantine, ou église. gréco-orthodoxe, s'est arrêtée plus tôt dans la voie des définitions dogmatiques. Elle n'en admet que sept, le second concile de Nicée, qui eut lieu au huitième siècle, ayant clôturé la série. L'église arménienne est encore plus radicale à cet égard. Elle ne reconnaît pour légitimes que les trois premiers, qui sont également reconnus par les Latins et les Grecs. Elle dénie le caractère d'oecuménicité aux quatre autres, contrairement à l'opinion des Grecs et des Latins, et aux treize admis par les Latins seuls. Les conciles des Arméniens sont ceux de Nicée et de constantinople, tenus au quatrième siècle, et celui d'Ephèse au cinquième. Nous avons relaté, dans la partie historique, les querelles qui furent soulevées a propos du quatrième concile de Chalcédoine. Force est de reconnaître que chaque dogme avec ses mystères constitue une difficulté pour l'intelligence humaine. Et puisque la religion chrétienne, que nous professons, lui impose ce sacrifice, auquel on doit se soumettre, il n'est que prudent de ne point en abuser. II n'est point prudent, affirmons-nous, d'augmenter inutilement le fardeau des mystères, ni le nombre des dogmes, ni celui des conciles. Personne ne nous contredira sur ce point surtout à cette heure critique que traverse la foi. Si l'on voulait exprimer la différence qui existe dans le nombre des dogmes adoptés respectivement par les églises arménienne, grecque et latine, par une formule d'aspect mathématique, on pourrait établir la proportion suivante :
ARM: 3
GRC : 7
LAT : 20.
Visiblement, elle est tout à l'avantage de l'église arménienne. Nous pensons qu'elle serait appréciée comme il convient si elle était suffisamment connue par ceux qui s'occupent de questions ecclésiastiques. Ainsi, nous avons eu l'occasion de soumettre le cas à un diplomate européen. Lui ayant demandé ce qu'il en pensait, il ne fit aucune difficulté de reconnaître qu'il y avait avantage à en avoir le moins possible. Nous pensons que ce témoignage en faveur de l'église arménienne sera confirmé par tout homme de sens. Si, par un heureux hasard, les principales églises anciennes arrivaient jamais, je ne dirai pas à fusionner dans une union complète, mais au moins à établir entre elles un accord mutuel, elles ne pourront, certes, trouver de meilleur terrain d'entente que celui ou se place cette église. Un rapprochement n'est possible que lorsqu'il s'appuie sur un point incontesté; un minimum de clauses aide à éliminer les discordances. Le petit nombre de dogmes qui caractérise l'église arménienne ne doit pas être attribué à un cas fortuit ou à un événement inconsidéré. Il résulte uniquement d'un principe sage en matière d'économie doctrinale. Nous avons émis le principe que la principale base de l'autorité des conciles oecuméniques réside dans l'unanimité des diverses églises; car c'est par elle que s'exprime effectivement et réellement l'opinion de l'église universelle. Cette unanimité a été pratiquement réalisée dans les trois conciles, convoqués de 325 à 431, c'est-à-dire, au cours du siècle qui suivit son triomphe. Pendant cette période, toutes les grandes églises ont été unanimes dans leur manière de concevoir les dogmes, Les opinions contraires, quoique nombreuses, comme dans le cas des Ariens, n'ont jamais été~ qu'individuelles, et n'ont jamais entraîné l'opinion générale d'une église donnée. On remarquera également que pendant cette première période, aucune querelle de préséance ou d'influence ne surgit entre elles. La situation changea cependant du tout au tout après le troisième concile, quand l'antagonisme des sièges patriarcaux commença il former le fonds des questions dogmatiques. Chaque patriarcat, tour à tour, convoquait un concile général contre un autre. Tel fut le cas, quand fut soulevée la question relative à la nature du Christ. L'opinion, basée sur la tradition de l'église alexandrine entière, fut réprimée par les patriarcats romain et byzantin alliés et qui avaient l'appui de l'empereur Marcien. Un demi siècle durant se firent jour les déclarations les plus contradictoires sur l'autorité du concile
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de Chalcédoine, le quatrième oecuménique des Grecs et des Latins. Ce n'est donc pas sans raison que l'église arménienne a cru devoir considérer le concile d'Ephèse de 431, comme le dernier où s'affirma l'unanimité des églises, dans la conviction qu'elle formait la base de la vraie tradition de l'église universelle. Une autre raison du rejet des conclusions du concile de Chalcédoine fut l'objet même de la définition dogmatique. Cet objet devait être l'affirmation, et non l'explication, d'une vérité donnée. Les trois premiers conciles se sont conformés à cette règle en proclamant la divinité de Jésus-Christ, la divinité du Saint-Esprit, et l'union de la divinité à l'humanité en Christ, Les vérités essentielles, qui forment l'économie dogmatique des mystères du christianisme, c'est-à-dire, la Trinité, l'Incarnation et la Rédemption, traient complétées par les définitions des trois conciles. Rompant avec cette règle, on vit le concile de Chalcédoine entrer dans la voie des explications et chercher il déterminer les circonstances ou les modalités de l'incarnation, ou de l'union de la divinité et de l'humanité en Christ. Or, à aucun moment, l'explication d'un fait dogmatique ne peut faire l'objet d'une définition ou la matière d'un dogme. Les explications ne servent qu'à fournir la matière des études. C'est aux écoles et aux docteurs, et non pas aux conciles oecuméniques, qu'incombe le soin d'expliquer les dogmes. L'autorité de l'église universelle ne peut exercer le rôle d'une faculté scholastique.
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XXIII. LA PROFESSION DE FOI

Dès les premiers siècles, la profession de foi de chaque église s'énonça par une formule officielle: le symbole ou credo. L'église latino-catholique conserve encore dans sa liturgie un symbole bref, connu sous le nom de symbole des apôtres, mais dénué de tout caractère de déclaration officielle en matière de foi. Les conciles et les papes l'ont remanié plus d'une fois, à seule fin de l'adapter aux dogmes qu'ils ont créés au fur et à mesure de leurs besoins. Le concile du Vatican, en 1870, y a même ajouté de nouvelles expressions. Mais c'est surtout le concile de Trente, qui a élargi le plus le domaine des canons dogmatiques. Il a fait de toutes les opinions théologiques et scholastiques, autant de dogmes rigides, qu'il a imposés, et auxquels on est tenu de croire sous peine d'anathème; et tout cela dans le but exclusif de renforcer l'autorité papale. De sorte que le catholique l'omain, encerclé de tous côtés, ne peut aujourd'hui trouver ni une issue, par ou peuvent se faire jour ses opinions personnelles, ni un champ libre pour élargir l'horizon de ses études. Que dis-je ? la pensée même lui est interdite. Il doit renoncer au raisonnement, voire même à l'exercice naturel de son intelligence, car il ne peut faire un pas sans rencontrer, en chemin, l'inévitable canon dogmatique, qui l'arrête dans ses recherches, Le récent syllabus, dirigé contre les Modernistes, n'est que la mise au point de cette situation sans issue. Sous le nom de modernistes, il frappe tous les hommes de science ainsi que les ecclésiastiques érudits, qui cherchent à rompre le cercle étroit des canons concilaires et des décisions papales. On peut dire que la dernière encyclique de Rome a prononcé définitivement le divorce entre son église et la science. Or, rien de tout cela ne pouvait avoir lieu au sein de l'église arménienne. Certes, elle a eu, elle aussi, ses conciles nationaux, et les décisions en matière doctrinale ne lui ont pas fait défaut, Toutefois, elle n'a jamais émis la prétention de leur donner force de dogmes, ni de condamner comme hérétiques et schismatiques ceux qui ne se conformeraient pas à l'enseignement de ses doctrines. Tous les points doctrinaux, qui établissent une ligne de démarcation entre l'église arménienne et les autres églises, et qui ne.cherchent point à empiéter sur ces dernières, sont autant d'exemples qui corroborent notre assertion, L'église arménienne ne reconnait qù'aux conciles effectivement oecuméniques, l'autorité de prononcer des définitions dogmatiques, c'est-à-dire aux assemblées où toutes les branches du christianisme réunies tombent d'accord sur un principe révélé. Cette unanimité ne s'est plus reproduite depuis la scission du cinquième siècle, et nous devons ajouter qu'elle ne pourra se renouveler aussi longtemps que dureront les contestations qui divisent les églises. Le symbole adopté par l'église arménienne, celui des offices, est la formule athanasienne, qui vit le jour pendant le concile de Nicée, Il contient presque exclusivement le dogme de l'incarnation qui s'est conservé sans modification ni addition. Cependant cette même église possède un second symbole, rédigé plus tard, qui figure dans le rituel. Il est prononcé par les ministres du culte à l'occasion de leur ordination; mais il ne diffère du premier que par des formules paraphrasées, dont la principale concerne les natures en Jésus-Christ. Cette formule a été jugée nécessaire pour repousser l'imputation d'eutychianisme, jadis forgée malicieusement ou inconsidéremment contre l'église arménienne. La paraphrase en question consiste dans l'expression une nature unie (en arménien: Miavorial mi bnouthiun). Eutychès parlait du mélange et de la confusion des deux natures, pour aboutir à l'unité individuelle du Christ ; tandis que l'unité de nature ou le monophysitisme, admis par l'église arménienne, est identique à la formule cyrillienne ou éphésienne: Une nature du Verbe incarné. Si dans le mystère de l'incarnation, la divinité et l'humanité, c'est-à-dire les deux natures, avaient conservé la dualité, cette circonstance eût fait perdre à la passion de Jésus-Christ son caractère théandrique, et à la rédemption sa raison suffisante. Dès lors, on serait tombé dans la doctrine de Nestor. De toutes les espèces d'unions qui peuvent, je crois, servir de comparaison à l'union surnaturelle en Christ, celle de l'âme et du corps satisfait le mieux notre esprit. Car on ne saurait nier l'unité de la nature humaine, malgré la distinction de l'âme et du corps. C'est donc le monophysitisme du concile d'Éphèse, bien différent de celui d'Eutychès, que soutient l'église arménienne. Le nom de ce dernier est officiellement et solennellement anathématisé par l'église, au même titre que les noms d'Arius, de Macédon et de Nestor. On ne saurait donc l'accuser d'eutychianisme, sans encourir le reproche
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d'ignorance ou de mauvaise foi. En ce qui concerne les différences qui séparent l'église arménienne de l'église gréco-orthodoxe, elles résident uniquement dans le rejet par la première du concile de Chalcédoine et dans la non-reconnaissance des conciles suivants. Sur tous les autres points dogmatiques, les deux églises sont en parfait accord. Car il convient de faire remarquer que si les conciles dont il s'agit n'ont point été reconnus par cette église, néanmoins les points qui y ont été définis ne furent pas rejetés ipso-facto. Ainsi, la condamnation des Trois-Chapitres prononcée par le cinquième concile, qui n'était qu'un retour aux décrets d'Éphèse, peut être considérée comme favorable à la doctrine de l'église arménienne. La question du monothélisme, traitée au sixième, fut par contre une répétition du système chalcédonien. Le culte des images, traité au deuxième concile de Nicée ne visait qu'un point ayant plutôt un caractère cérémonial que doctrinal. Sans être absolument banni par l'église arménienne, ce culte a touiours été limité dans une étroite mesure. Les statues en sont exclues, en souvenir de l'antique idolâtrie. Pour ce qui concerne les peintures et les bas-reliefs, on les soumet à la bénédiction et à l'onction du saint-chrême, afin de les différencier des objets d'art ordinaires; et ce n'est qu'après leur consécration qu'ils sont placés sur les autels. Contrairement à l'usage des autres communions, qui ornent d'icônes l'intérieur de leurs maisons, l'Arménien n'a chez lui aucune image de sainteté. Quant à l'expression des dogmes, cette église s'en tient strictement aux formules anciennes; elle n'admet donc pas plus l'addition du Filioque, le jugement particulier, les peines de purgatoire, la vision béatifique immédiate, que la transsubstantiation, les indulgences et la théorie papale. Toutes ces innovations n'ont pu prévaloir dans le monde latin que par une interprétation abusive des usages de l'église primitive. C'est la simplicité et un minimum de charges que l'église arménienne préfère en matière de dogmes. Le grand principe énoncé par un des docteurs de l'église occidentale, mais qu'elle a oublié, a été et reste toujours le mot d'ordre de notre église. La formule Unitas in necessariis y est réduite à la plus stricte nécessité; la Libertas in dubiis y est appliquée dans sa plus large acception; et ce n'est que sur ces bases indiquées par le bon sens qu'il serait possible, pensons-nous, d'assurer à l'église universelle la Charitas in omnibus.
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XXIV. L'ESPRIT DE TOLÉRANCE

L'église latino-catholique, dont l'esprit d'exclusivisme est connu, proclame cet axiome intolérant, que hors de l'église romaine il n'y a point de salut éternel. L'église gréco-orthodoxe, de son côté, refuse d'admettre les sacrements administrés en dehors de ses usages, si bien qu'elle en est arrivée à recourir au rebaptême et à la réordination. De sorte que ces deux églises, qui ont adopté les noms pompeux de catholique et d'oecuménique, comme preuve de leur universalité, sont, par le fait, isolées et retranchées dans le cercle de leur individualité. Cette intolérance n'est nullement dans l'esprit de l'église arménienne, qui ne saurait admettre qu.une église particulière ou nationale, si vaste soit-elle, puisse s'arroger le caractère d'universalité. Elle soutient, que la véritable universalité ne peut exister que dans le groupement de toutes les églises, autour du principe: Unitas in necessariis, où se résument les principes fondamentaux du christianisme. Cette condition une fois admise, chacune est libre de varier sur les points secondaires. Ces principes, l'église arménienne les réduit il la plus stricte signification. Elle n'admet comme nécessaires que les définitions dogmatiques des trois premiers conciles cecuméniques, définitions qui remontent à une époque, où les églises particulières gardaient encore entre elles leur unité et leur communion respective. De sorte que toute église qui reconnaît les dogmes de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption, peut, suivant son opinion, faire partie de l'église universelle, et, à ce titre, elle confère à ses fidèles le droit au salut éternel. Toutes conservent entre elles la communion in Spiritualibus, où s'exalte l'union de la foi et de la charité, réclamée pour l'unité du christianisme. Les autres points, concernant la doctrine ou la croyance, peuvent être admis ou rejetés, soit à la suite de la décision d'un concile particulier, soit en vertu de l'autorité des docteurs, sans qu'il en résulte aucun inconvénient pour l'intégrité de l'unité universelle. Car tous ces points ont un caractère secondaire, comme nous l'avons déjà dit. Ils n'ont que la valeur de simples articles de doctrine, dénués de force dogmatique, et par suite relevant du libre examen. Il suffit, que l'opinion adoptée ne soit pas en contradiction avec les dogmes sanctionnés par les trois conciles. Les églises particulières, en suivant des systèmes différents, ne sauraient donc être exclues de l'unité universelle; on ne saurait non plus leur reconnaître le droit d'imposer aux autres leurs doctrines. Notre dessein en écrivant ces lignes, où s'affirme avec éclat le libéralisme théologique et ecclésiastique de l'église arménienne, est de préparer au christianisme une voie pour l'avenir. Cette prétention apparaîtra légitime, si l'on songe que son esprit est conforme à celui des temps présents; c'est ce que reconnaîtra tout homme de bonne foi. On ne saurait nier que ces principes ne forment l'unique moyen de réconcilier avec les tendances de notre époque, l'éternel héritage du Christ. Il convient d'ajouter que l'esprit de tolérance et de libéralisme, qui fait le fond de l'église arménienne, s'est souvent tourné contre elle. Il a facilité le prosélytisme étranger parmi ses fidèles. Ce fait a été constaté, non seulement à l'époque du moyen âge, mais également de nos jours. On sait quel a été le succès des missionnaires catholiques et protestants, qui sont arrivés à créer parmi les Arméniens des communautés séparées. Comme on l'a vu dans la partie historique, cette facilité de passer d'une communion à l'autre est due à l'éducation spéciale de l'Arménien, nourri dans le respect des croyances d'autrui. Dans son enfance il n'a jamais entendu dire que l'humanité, qui vit hors de son église, doive pour cela être privée du salut éternel; il n'a jamais été menacé des châtiments de la vie future, dans le cas où il romprait avec l'église nationale, Pour s'assurer le salut éternel, il sait qu'il suffit que ses oeuvres soient bonnes, et sa conduite conforme à la morale évangélique. Cette large compréhension de l'idée chrétienne l'a induit, plus d'une fois, à embrasser indifféremment des professions de foi étrangères, toutes les fois qu'il a jugé que ses intérêts matériels pouvaient se concilier avec celui de son salut. C'est en profitant de cet état d'esprit que les missionnaires étrangers sont arrivés à ébranler l'édifice de l'unité arménienne. Ce n'est pas que l'ég]ise ne se soit aperçue des facilités, qu'elle donnait ainsi au prosélytisme étranger. Elle s'est rendu compte des effets désastreux qui découlent de ses principes de iolérance ; mais, malgré cette amère expérience, elle a voulu rester fidèle à ses maximes sacrées de libéralisme théologique et ecclésiastique; elle les a gardées et les gardera intactes dans l'avenir.
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Ce sera pour elle un beau titre de gloire, si jamais elle offre au christianisme la possibilité d'une réconciliation toujours probable.
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XXV. LA DOCTRINE SACRAMENTAIRE

C'est un fait acquis dans l'histoire ecclésiastique, que le nombre des sacrements n'a été fixé au chiffre de sept qu'au milieu du XIIe siècle, et cela par le fait des scholastigues, qui se sont évertués à faire prévaloir ce nombre. Cependant ni les saints-pères ni les docteurs anciens n'en font mention. Les plus anciens ne parlaient que de deux sacrements; successivement on les a fait monter à douze. La plus ancienne définition fixant ce chiffre de sept remonte au concile de Florence, au xve siècle. Les Arméniens en ont eu la révélation par les missionnaires latins. Il est donc évident que les sept sacrements constituent moins un dogme qu'un simple article de doctrine. Il est bien quelque peu question aussi chez les Arméniens de sept sacrements, mais d'une manière si vague, qu'ils auraient quelgue peine à les préciser tous, s'ils le tentaient. Ce qu'on appelle extrème-onction n'est point en usage; les quelques tentatives qui ont été faites pour l'introduire dans l'église, n'ont guère eu de succès. La prétention, émise, de remplacer l'onction par les prières des agonisants, ne saurait satisfaire raisonnablement aux conditions essentielles exigées pour les sacrements. On voit donc que la doctrine des sept sacrements ne saurait être adoptée par les Arméniens. Sauf l'extrême-onction, tous les autres sont administrés dans l'église arménienne. Voici quelques renseignements a ce sujet. Le baptême est donné aux enfants par immersion complète et horizontale ; cependant, dans le cas de force majeure, la validité du baptême par infusion n'est pas exclue. La confirmation, ou saint-chrême, est administrée conjointement avec ce sacrement par le prêtre baptisant et l'enfant baptisé est admis immédiatement à la communion labiale. c'est-à-dire, gue la sainte particule est mise en contact avec la langue. Ces trois sacrements sont administrés simultanément, et c'est dans leur ensemble que réside l'intégrité du baptême. Ainsi, ni l'usage de la première communion, ni celui de la confirmation retardée et administrée par l'évêque, ne sont connus. La communion est administrée sans distinction d'âge, sous les deux espèces, au moyen de particules d'hostie trempées dans l'espèce du vin. L'hostie est faite d'un pain azyme, non fermenté, suffisamment épais, préparé et cuit par les prêtres le jour même de la messe; il est de forme circulaire et estampillé du signe de la croix et de quelques ornements. Le vin doit être pur, c"est-à-dire, sans addition d'eau. L'hostie de consécratlon est toujours unIque, et son volume proportionné au nombre probable des communiants. Ceux-ci se tiennent debout, quand le prêtre dépose sur la langue des particules détachées de l'hostie détrempée. L'usage s'est conservé de garder dans les églises des particules desséchées pour les malades et pour tous ceux, qui, par exception, voudraient communier hors de la messe. Elles sont conservées convenablement dans une niche latérale, pratiquée dans l'abside, sans aucun apparat de tabernacles où de lampes allumées. Le sacrement de la pénitence ou confession a lieu suivant une formule gcnérale, par l'énonciation des principaux péchés, et le confesseur s'abstient d'entrer dans les détails et surtout d'entamer un interrogatoire. Ordinairement, on laisse passer un délai de quelques jours entre la confession et l'absolution, afin de permettre à ce dernier de se préparer convenablement a la communion, qui suit immédiatement l'absolution. Le sacrement des ordres est conféré par l'imposition des mains et par la collation des insignes propres à chaque ordre. L'onction est donnée au Presbytérat, à l'épiscopat et au catholicosat.Les ordres du sacerdoce étaient autrefois au nombre de quatre, conformément à la tradition orientale; mais ils furent portés à sept au temps des croisades, sous l'influence des idées de l'Occident; seulement le sousdiaconat est regardé toujours chez les Arméniens comme un ordre mineur, tandis que les Latins le considèrent comme un ordre majeur ou sacré. L'épiscopat et le catholicosat sont distincts du simple sacerdoce. Les sept ordres sont conférés par l'évêque, l'épiscopat par le catholicos assisté de deux évêques, et le catholicosat par douze évêques. Le doctorat théologique, ou grade de vardapet, revêt la forme d'un ordre. Il se divise en deux classes: le doctorat mineur ou particulier (masnavor), et le doctorat majeur ou suprême (dzaïrakouyn) qui jouit de privilèges équivalant à ceux de l'épiscopat. Les doctorats ne peuvent être conférés que par les évêques investis du doctorat suprême. Le rite est suffisamment long, et comprend les épitres, les évangiles et de nombreuses lections de prophètes. Le sacrement du mariage est connu sous le nom de sacrement de la couronne (psak), dont le ministre compétent est le prêtre, qui bénit sur une autorisation de l'évêque. Le divorce est
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canoniquement admis et prononcé par l'autorité catholicosale ou patriarcale. Les cas de nullité sont réglés d'après les principes généraux de la validité et de la légalité des actes, à l'exclusion de toute condition arbitrairement établie. Les cas d'empèchement sont ceux qui ont été définis par les canons des anciens conciles. Tels sont les points doctrinaux concernant les sacrements; quant à ceux qui ont un caractère disciplinaire et liturgique, ils seront traités dans des chapitres spéciaux.
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XXVI. PRÉCISION DANS LA DOCTRINE

On a objecté que l'église arménienne manque de précision dans l'énonciation de sa doctrine, et que ses docteurs et ses livres de catéchisme se contredisent parfois. Nous ne voulons pas examiner jusqu'à quel point cette objection est fondée. Néanmoins nous sommes prêts à en reconnaître la valeur. Cet aveu, loin d'affaiblir notre point de vue, constitue au contraire un argument de plus en faveur de son esprit libéral théologique, Nous avons déjà prouvé que si ses dogmes sont peu nombreux, par contre son domaine doctrinal est vaste, et que les différences doctrinales ne sauraient créer un obstacle au point de vue de l'union, On sait par expérience combien l'esprit du siècle et les circonstances de temps exercent d'influence sur les opinions et l'enseignement en général, Les opinions et les enseignements ecclésiastiques, n'ont pu échapper à cette règle; qu'on le voulût ou non, tous, pasteurs, docteurs, ministres et fidèles ont dû la subir, et par suite, la doctrine elle-même s'en est ressentie, Cette théorie une fois acceptée, on admettra que toute doctrine surchargée sous l'influence des circonstances actuelles puisse éventuellement perdre tout ce qu'elle a d'occasionnel. Ne serait-il donc pas de prudence élémentaire de laisser une voie ouverte à l'évolution naturelle des choses. Là serait, perisons-nous, le salut suprême de la religion. Le principe de la distinction entre les dogmes et les doctrines, de l'immutabilité des uns et de la mutabilité des autres, nous conduit, par illation logique, à proclamer le système de la voie ouverte, c'est-à-dire, d'une part à préconiser la restriction en matière de dogme, et de l'autre la liberté en matière de doctrine, Grâce à ce système, l'église peut garder la stabilité qui lui est nécessaire, sans qu'elle ait besoin pour cela de s'opposer aux tendances du progrès intellectuel. Elle évite ainsi l'accusation de combattre la science, et l'on cesse de voir en elle le défenseur attitré des idées rétrogrades . A vrai dire, on n'a que trop justifié ce grief par le zèle à dogmatiser toute doctrine, à réduire toute opinion en formule obligatoire, à arrêter net toute discussion . C'est dans cette voie que s'est engagée précisement l'église romaine, surtout depuis le concile de Trente, où l'on a défini, fixé et décrété toute opinion doctrinale ecclésiastique. Cette ceuvre a été completée par les Syllabus des papes et par les incompréhensibles décrets du concile de Vatican, si bien que les docteurs et les fidèles de cette église doivent renoncer même à la faculté de la réflexion; ils doivent se soumettre aveuglement à la pensée des théologiens et des évêques du XVIe siècle. Nous ne saurions cependant reprocher à ces derniers d 'avoir été de leur temps ; leur seuI tort a été de dogmatiser des idées et de simples opinions, de façon à fermer à jamais à la postérité la porte de la pensée. Il n'est pas téméraire de croire que si ces hommes du seizième siècle revenaient parmi nous, ils penseraient autrement qu'ils ne l'ont fait. Mais revenons à l'église arménienne. Les différences que l'on constate chez les docteurs et dans les catéchismes proviennent prccisément de cette évolution et de l'influence des circonstances. L'église arménienne, elle même, si attachée qu'elle soit aux traditions primitives, n'a po rester entièrement réfractaire à ces influences. Il ne nous répugne pas même d'avouer quelle était plus sujette qu'aucune autre à varier , dépourvue qu'elle était depuis de longs siècles des avantages que le progrès continu a apportés il la société humaine. Bouleversée par les changements politiques des pays orientaux, ballottée par les courants contraires, elle a dû subir le choc et l'eft'et de ces influences contradictoires. Effectivement, elle a subi tantôt l'influence grecque, tantôt l'influence latine; elle a cté contrainte, soit par force et prépotence, soit par illusion et espoir, à adopter des points de vue et des enseignements qui lui étaient étrangers. Des particularités, plus ou moins étranges et ctrangères, se sont introduites presque insensiblement dans ses usages, dans ses rites et dans ses opinions. Nous ne nions point que certains patriarches et docteurs n'aient émis des idées peu conformes à la tradition ancienne. Toutefois ces idées n'ont engagé que leur personne, et le désaccord, qu'elles révélaient, ne pouvait vicier le dogmatisme fondamental de l'église, qui ne saurait varier. Certaines opinions, autrefois admises, ont pu être rejettes, mais comme elles n'avaient qu'une valeur tout au plus doctrinale, elles étaient sujettes a modification. Il est naturel qu'ayant subi les fluctuations des temps écoulés, elles subissent encore celles des temps à venir. Cela ne saurait empêcher que l'église ne reste invariablement identique à elle-même dans son essence et inébranlable sur ses bases. Telle est la situation que préfère l'église arménienne. A y regarder de près, on découvrira que les autres
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églises ne se trouvent pas dans une situation difl:'érente ; car elles ne sont pas sans avoir subi quelques changements. On aurait tort de croire que l'église romaine actuelle est identique à celle des siècles des illvestitul'es et de l'inquisition. Mais elle s'obstine à ne rien voir. Elle subit des faits qui la gênent dans son action, car elle est en contradiction avec elle-même. Cette obstination à nier le fait mériterait d'Etre qualifiée d'acte Contre la conscience, et par suite, dangereuse à la cause elle-même. Telles sont nos explications à propos des observations formulées au sujet de la doctrine de l'église arméIlienne. Elles démontrent à souhait que son système s'inspire du plus pur libéralisme chrétien. Tel qu'il est, il offre la base d'une méthode qui devrait être suivie et préférée par les vrais amis de l'église du Christ. De l'isolement où elle est et de l'état d'humiliation qui est son partage depuis des siècles, on aurait tort de conclure contre elle. La vérité n'est pas dans le nombre ; l'évangile est là pour témoigner que c'est au pusillus grex que le Père Céleste promit son héritage.
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REGIME

XXVII. ORGANISATION HIÉRARCHIQUE

D'après les principes de l'église arménienne, l'autorité suprême réside dans les conciles oecuméniques constitués par les corps hiérarchiques des églises particulières. Elle s'exerce souverainement en matière de dogmes. Les questions disciplinaires ne viennent qu'en second lieu. Elle croit que les canons dogmatiques sont essentiellement obligatoires pour toutes les églises; tandis que les canons disciplinaires, gui servent de base aux rapports interecclésiastiques, sont susceptibles de varier dans leur application à chaque église en particulier, selon les circonstances. Elle admet également que les églises particulières puissent varier, touchant les points secondaires de la doctrine et la manière d'expliquer et de concilier les dogmes. Elle professe que l'autorité suprême des conciles oecuméniques n'a pu s'exercer que dans les trois premiers conciles; et que cette autorité n'a plus eu occasion de s'affirmer depuis, à cause des dissentiments survenus cntre les églises. Elle ne croit pas qu'elle puisse s'exercer à l'avenir à cause de l'improbabilité d'une réconciliation. A l'occasion de la convocation du concile du Vatican, l'église romaine lança une invitation de pure forme; sans doute, c'était pour sauver les apparences, car pour qu'elle fût canonique, elIe aurait dû, au préalable, se mettre d'accord avec les autres églises sur les points à discuter, afin de préparer un terrain d'entente, Mais cet acte de convocation n'a été, à proprement parler, qu'une mise en demeure d'avoir à s'incliner devant ses prétentions, Certes, ce procédé n'était pas de nature à faciliter les préliminaires d'une réconciliation sincère et loyale, Pour compléter ce que nous avons dit dans la partie historique, à savoir, que les églises des diverses provinces s'étaient groupées pour former des églises nationales ou des patriarcats, nous ajouterons que ces groupements résultèrent uniquement de la situation politique des divers pays, Au début, les trois sièges patriarcaux qui s'établirent dans le monde gréco-romain furent répartis d'après la division administrative, qui alors était en vigueur, Rome était la capitale de l'empire et le centre administratif de toutes les provinces de l'Occident, Les royaumes des Ptolomées et des Séleucides, qui, à l'époque de l'expansion du christianisme, se trouvaient incorporés à l'empire romain, étaient érigés en préfectures et avaient pour capitales Alexandrie et Antioche, Conformément à cette division, trois patriarcats furent créés à Rome, à Alexandrie et à Antioche, distincts et indépendants l'un de l'autre. En outl'e, il y avait des préfectures mineures à Césarée, à Ephèse et à Héraclée pour les provinces du Pont, de l'Asie et de la Thrace; parallèlement à cette division, des exarchats ecclésiastiques furent créés dans ces trois villes. Ces derniers ne perdirent leur autonomie qu'après le transfert de la capitale de l'empire à Constantinople, oû se forma à cette occasion un quatrième patriarcat. Quant à celui de Jérusalem, il ne fut créé que pour faire honneur à la Ville-Sainte. A cette fin, le concile de Nicée détacha d'Antioche les deux provinces de la Palestine, qu'il lui Incorpora. On croit, bien à tort, que les quatre patriarcats de l'Orient se confondent avec l'église grecque. Il n'en est rien. Seul le patriarcat de Constantinople représente l'église nationale de cette nation. Le siège d'Antioche appartient à la nationalité syrienne ; celui d'Alexandrie à la nationalité égyptienne; celui de Jérusalem est palestinien. Il est vrai que la domillation Macédonienne avait laissé de nombreuses traces dans ces régions, et que la Syrie et l'Egypte s'étaient hellénisées jusqu'à un certain point. Mais il n'y avait là qu'un changement de surface; car dans les couches profondes des populations indigènes l'esprit national était resté intact. Les raisons politiques, qui avaient déterminé la répartition des patriarcats dans le monde gréco-romain, motivèrent la création d'autres patriarcats autonomes dans les pays qui étaient en dehors de l'empire et qui avaient reçu la prédication apostolique comme l'Arménie, la Perse et l'Ethiopie. L'église de Perse porta le nom de Ctésiphon ou de Séleucie; elle est représentée de nos jours par le patriarcat de Babylone des Chaldéens. Celui d'Ethiopie se trouve provisoirement incorporé au patriarcat égyptien d'Alexandrie. Nous n'ajouterons rien aux indications que nous avons données précédemment, concernant le patriarcat arménien. Nous les complèterons cependant
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en disant, à propos de la nature et de l'étendue de sa juridiction, que le principe politique et territorial, qui, à l'origine, avait présidé à la constitution des patriarcats, devait nécessairement déterminer les 1imites du siège d'Arménie, d'après celles de ce royaume, qui se composait alors de l' Arménie Majeure. Ce qu'on devait appeler par la suite Arménie Mineure, se rattachait alors à la préfecture du Pont, et relevait par conséquent de la juridiction de l'archevêque de Césarée, et, plus tard, de celle du patriarcat de Constantinople. Par contre, la Géorgie et l'Albanie Caspienne, qui à l'avènement du christianisme, étaient soumises à la domination arménienne, passaient à la juridiction de son patriarcat. Ce principe de stricte territorialité fut rigoureusement appliqué par toutes Ies juridictions ecclésiastiques des premiers temps de l'Eglise. En vertu de ce principe il ne pouvait y avoir qu'un seul évêque par diocèse, et tous les chrétiens, sans distinction de nation ou d'orig-ine, lui étaient soumis. Cette règle n'a commencé à perdre de sa force que lorsque les églises particulières, rompant toute relation entre elles, commencèrent à se refuser réciproquement la communion in divinis. De là, la nécessité d'installer des prêtres et des évêques différents dans le même diocèse, suivant la diversité des croyances et des rites propres à chaque groupe de population.Cet usage tendit à se généraliser de pIus en plus du temps des croisades. A côté des évêques grecs et syriens des pays conquis, on vit s'installer des évêques latins. Dès lors l'antique règle, qui présidait au système de juridiction territoriale, fut totalement négligée ; chaque église particulière, qui se distinguait des autres par ses croyances ou ses rites, voulut avoir son évêque. C'est ce qui explique cette anomalie de diocèses ayant à leur tête jusqu'à sept ou huit évêques, qui portent. uniformément le même titre. Par la suite, le principe de juridiction ecclésiastique mit à profit le droit de conquête. Les pays qui n'avaient pas reçu le christianisme au siècle apostolique, mais qui furent évangélisés par une église préexistante, passèrent à la juridiction de cette dernière. C'est par l'apostolat que l'église de Constantinople a établi sa suprématie sur les pays Balkaniques et sur la Russie; que l'église de Rome a établi la sienne sur la Germanie, la Bretagne et la Scandinavie, comme, plus tard, sur les deux Amériques et l'ExtrêmeOrient. Là est la raison principale du vaste développement, à travers le monde, de la juridiction de l'église latine, ou patriarcat de Rome, dont l'influence agrandi en proportion du progrès social de l'Occident. Mais il est arrivé que cette extension de puissance et d'influence a entraîné des abus qui ont amené la Réforme, et du coup une bonne partie de son domaine s'est soustrait à sa juridiction. On doit s'attendre à de nouveaux morcellements. Les mesures de répression prises en dernier lieu contre ceux qu'on désigne sous le nom de Modernistes lui vaudront probablement encore de retentissantes désaffections. En dépit de l'expérience du passé, la papauté ne cesse d'affirmer impérieusement son ingérence intellectuelle et son intervention politico-administrative sur la partie du monde qui relève de son autorité. Elle s'ingénie imprudemment à restreindre de plus en plus l'action administrative des autorités subalternes, en abrogeant ce qui reste des anciens droits des églises gallicane, hongroise, ambrosienne, mozarabique et orientale; elle réduit les ordinaires des diocèses au rôle de simples vicaires. Qu'il y a loin de cette conception au principe de l'église gréco-orthodoxe, qui veut que chaque nation ou peuple, politiquement indépendant, jouisse ipso facto des droits et privilèges reconnus aux églises autocéphales. Ces droits confèrent l'autonomie administrative et une voix dans les définitions dogmatiques. Anciennement, chaque église autocéphale était administrée par un patriarche ou exarque investi de l'autorité suprême, mais la Russie, la première, sous Pierre le Grand , a remplacé le sien par un synode permanent; cet exemple a été imité par les autres états orthodoxes; de sorte qu'aujourd'hui la Grèce, la Roumanie, la Serbie, le Monténégro et la Bulgarie possèdent chacune leur synode national. Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit de l'église arménienne à cet égard, sinon que malgré la dispersion de ses fidèles à travers le monde et la création des sièges subalternes des deux catholicosats et des deux patriarcats, la juridiction d'Etchmiadzine ne cesse de s'étendre sur l'église entière.
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XXVIII. LA HIERARCHIE ARMÉNIENNE

•L'ordre hiérarchique comprend en général les quatre degrés suivants:
1" le patriarche suprême ou catholicos ;
2" le patriarche ou catholicos particulier, exarque ou primat;
3" l'archevêque ou métropolitain;
4" l'évêque. Les chorévêques ne sont que de simples vicaires forains.
Nous avons dit que les patriarches suprêmes sont à la tête des églises particulières indépendantes. Celles de leurs parties intégrantes, qui, par suite de certaines circonstances, ont obtenu le droit ou le privilège de se constituer en église spéciale, sont administrées par un chef subalterne, dont le pouvoir a un caractère autonome, mais non indépendant. Leur situation peut être comparée à celle d'un prince vassal à l'égard de son suzerain. Comme nous l'avons indiqué plus haut, leur titre varie selon les pays et les usages locaux. Parmi eux, on peut constater une certaine différence de privilèges et d'attributions, mais cette différence n'affecte point cependant le caractère général de leur situation hiérarchique. Les évêques d'une même province ont à leur tête un métropolitain, c'est-à-dire l'archevêque du chef-lieu, qui ne possède d'autre attribution que de les convoquer, quand un intérêt commun le requiert. Les évêques portent le nom de suffragant à l'égard du métropolitain, mais, de fait, ils jouissent de toutes les prérogatives de la juridiction ordinaire. Appliquons maintenant ces données générales à l'église arménienne. Le patriarche suprême ou catholicos de tous les Arméniens réside actuellement à Etchmiadzine, près Erivan, où fut jadis la résidence originaire, et où il est revenu après maintes pérégrinations. Il possédait jadis deux sièges de second ordre: le catholicosat de Géorgie et celui de l'Albanie-Caspienne, qui n'existent plus. Le siège de Géorgie s'est séparé au VIle siècle, celui de l'Albanie-Caspienne a été aboli au commencement du XIXe, à cause de la fusion de la nationalité caspioalbanienne ou aghouane avec l'arménienne. Mais les circonstances ont créé par la suite d'autres sièges secondaires. Le transfert du siège suprême d'Aghthamar à Ani et de Sis à Etchmiadzime a donné lieu à la création de deux sièges, qui, à l'origine, avaient un caractère antipatriarcal mais dont la situation a été régularisée par la suite. Celui d'Aghthamar exerce sa juridiction sur les districts de Gavasche et de Schatakh dans le vilayet de Van, et sur le district de Khizan, vilayet de Bitlis. Ce siège, vacant depuis 1895, est administré provisoirement par un évêque. Le siège de Sis étend sa juridiction sur les diocèses de Cilicie et de Syrie. Actuellement, ceux-ci sont repartis entre les vilayets d'Adana, d'Alep, de Sivas, d'Angora et de Mamouret ul azize. Son dernier titulaire a été élu en 1902, après une vacance de huit ans, Le patriarcat de Jérusalem doit son origine à la vénération toute spéciale dont les chrétiens d'Orient entourent les Lieux-Saints. Sa juridiction s'étend sur le sandjak dont cette ville est le chef-lieu et sur celui du Liban, ainsi que sur les vilayets de Damas et de Beyrouth. L'Égypte et l'île de Chypre, rattachées autrefois au patriarcat de Jérusalem, relèvent aujourd'hui de Constantinople. Nous avons exposé dans un chapitre spécial l'origine du patriarcat de Constantinople, ainsi que les détails de sa juridiction spirituelle, qui embrasse, avons-nous dit, toute la Turquie à l'exception des régions relevant des patriarcats sus-mentionnés. Mais si, comme on l'a vu, son action spirituelle est limitée, par contre son autorité administrative et nationale s'étend sur la totalité des Arméniens sujets de la Porte. Les Arméniens qui habitent les états Balkaniques: la Grèce, la Roumanie, la Serbie, le Monténegro et la Bulgarie, pays qui faisaient autrefois partie de la Turquie, continuent encore à en relever spirituellement. Tels sont les quatre sièges de second ordre, qui constituent la hiérarchie ecclésiastique arménienne. Ceux de Sis et d'Aghthamar portent le titre de catholicos, dont les patriarches de Jérusalem et de Constantinople sont privés. Ce titre comporte certains privilèges,
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notamment la consécration du saint chrême et l'ordination des évêques. Il est à noter que, de ces quatre sièges, il en est trois dont les limites correspondent approximativement aux circonscriptions des patriarcats de fondation gréco-romaine. Ce sont ceux d'Antioche, de Jérusalem et de Constantinople respectivement. Il n'y a point, à vrai dire, dans cette église de province ecclésiastique avec métropolitain et suffragants. Néanmoins, en Turquie, les évêchés des villes principales portent le titre d'archevêchés et les diocèses du Caucase, qui sont très vastes, possédent dans les villes principales des vicaires, qui peuvent être considérés comme des suffragants. Puis viennent les évêques, qui se classent au quatrième degré de la hiérarchie. Le nombre et la division des diocèses ont été déterminés au fur et à mesure des besoins et non à la suite d'une distribution préconçue. En Turquie, le patriarcat de Constantinople possède quarante-cinq diocèses ; le catholicosat de Sis en a treize, le catholicosat d'Aghthamar deux, et le patriarcat de Jérusalem cinq. La Russie entière est divisée en six grandes éparchies, subdivisées en dix-neuf diocèses. La Perse a deux éparchies, ou sont comprises les Indes et l'île de Java. Les colonies de l'Europe et de l'Amérique fol-ment deux diocèses distincts. L'Égypte, la Roumanie et la Bulgarie sont au nombre des diocèses de Constantinople. Ajoutons que ceux de la Perse, de l'Europe et de l'Amérique se rattachent directement à Etchmiadzine. Notons, en outre, que les chefs ordinaires des diocèses arméniens ne sont pas toujours des évêques consacrés ; l'église admet que des archimandrites ou des docteurs de la classe suprême assument les fonctions de chef diocésain.
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XXIX. DES ATTRIBUTIONS ECCLÉSIASTIQUES.

Les attributions afférentes à chaque grade hiérarchique et aux ordres ecclésiastiques sont organisées d'après le régime de la décentralisation. Chaque grade ou ordre jouit sans restriction d'une compétence réelle dans les limites de ses attributions, sauf contrôle de l'autorité supérieure. Le contrôle se produit toutes les fois que l'inférieur sent le besoin d'avoir des éclaircissements ou des conseils à propos d'un doute, ou pour trancher une difficulté; quand le recours est imposé par une ingérence étrangère; ou bien, lorsque le supérieur croit nécessaire d'intervenir pour un motif d'intérêt général ou pour prévenir un abus. Le droit d'appel est admis à tous les grades. L'évêque est le chef et l'administrateur ordinaire de son diocèse, avec compétence complète pour les affaires et les fonctions qui le concernent, Si le chef ordinaire du diocèse n'est qu'un simple archimandrite, il peut autoriser, mais non accomplir lui-même les ordinations. Le titre d'aratchnord (prélat), qui les distingue, est porté également par les ordinaires, qu'ils soient évêques ou archimandrites. Sa compétence est absolue sur le clergé, soit pour les autorisations, soit en matière de censures. Il juge en conseil les affaires de mariage avec cette restriction qu'il n'a pas le droit de prononcer les divorces. II accorde les dispenses suivant les cas et sur la base du pouvoir discrétionnaire . Le patriarche de Jérusalem est le gardien des Lieux Saints, ou pour mieux dire, des sanctuaires que les Arméniens y possèdent. II est le supérieur de la congrégation des Saints-Jacques (Srbotz-Hacobiantz), qui en a la garde. Les Arméniens y sont peu nombreux, et ne forment que de petites communautés éparses dans les diocèses de Jérusalem, de Jaffa, de Beyrouth et de Damas, bien qu'ils soient dépourvus d'organisation diocésaine. Le patriarche de Constantinople, en sa qualité de chef de la nation entière, exerce une action administrative sur soixante-cinq diocèses. Ceux, sur lesquels s'étend son autorité spirituelle, sont au nombre de quarante-cinq. Le diocèse épiscopal de Constantinople égale en étendue les limites de la préfecture de la Ville. Les prélats, à tous les degrés de la hiérarchie, exercent leurs attributions avec l'assistance de conseils spirituel et laïque, ou religieux et civil. Ils se bornent à exécuter leurs décisions, ou bien, dans certains cas, à appliquer des règles générales; ils s'arrogent aussi un pouvoir discrétionnaire dans certains autres cas. Les archiprêtres sont chargés de la surveillance spirituelle des églises paroissiales; mais ce qu' on désigne ailleurs par droits attachés aux fonctions de curé, est commun à tous les prêtres. Chaque famille a son confesseur attitré, Tanérets ou Dsikhater (maître du foyer), qu'elle choisit elle même; il y remplit en même temps les devoirs de curé. Les permis de fiançailles et de noces sont délivrés par le prélat ordinaire du diocèse. Les fonctions dans les églises sont réglées d'un commun accord par l'archiprêtre et par l'éphorie, qui se compose de laïques élus par le suffrage populaire. Ce conseil administre la paroisse, ainsi que ses églises et ses écoles, et tous autres établissements d'utilité publique. Dans l'administration du sacrement de la pénitence ou de la confession, le système du permis spécial et des cas réservés y est totalement ignoré. Anciennement toute agglomération paroissiale était desservie par les prêtres de chaque église, groupés en association. Les honoraires et les aumônes recueillis étaient centralisés dans une caisse commune, puis répartis au pro rata entre l'archiprêtre, les prêtres, les diacres et les clercs. Cet usage est tombé depuis longtemps en désuétude, surtout dans les villes; aujourd'hui, chaque famille a son curé attitré, qui appartient à la paroisse. Les attributions spéciales des catholicos consistent dans la consécration des évêques et la bénédiction du saint chrême. La consécration s'opère suivant les circonstances, et la bénédiction du saint chrême a lieu tous les trois ou cinq ans. On en prépare une quantité suffisante pour les besoins de tous les diocèses. C'est un composé à base d'huile bouillie, avec un mélange de beaume et d'essence, où entrent quarante espèces de plantes et de gommes odoriférantes. On y ajoute un litre environ du saint chrême prélevé sur une préparation antérieure, pour qu'il reste quelque chose du premier saint-chrème, qu'on prétend être celui qui fut béni par Jésus-Christ, et qui aurait été porté en Arménie par les apôtres. Si le fait n'est pas historiquement prouvé, on demeurera d'accord cependant qu'il ne laisse pas d'être significatif. Ce privilège de consécration et de bénédiction est également exercé par les catholicos de Sis et d'Aghthamar dans les limites de leurs circonscriptions
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respectives. Le patriarches de Jérusalem et de Constantinople ne jouissent point de ce privilège. Ils reçoivent la consécration et le saint chrême du siège suprême d'Etchmiadzine. Mais il gardent le droit de désigner eux-mêmes les candidats à l'épiscopat.
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DISCIPLINE

XXX. LE CLERGÉ ET LE CELIBAT

Le clergé se divise en deux catégories bien distinctes : le clergé régulier célibataire, et le clergé séculier marié. Ce dernier se compose effectivement d'hommes mariés et pères de famille, vivant dans le monde. Il est de rigueur que le mariage précède leur ordination au diaconat. Une fois veufs, les diacres et les prêtres ne peuvent se remarier qu'à la condition de quitter l'habit et de sortir des rangs du clergé. En prenant ce parti ils n'encourent aucun blâme, et leur honorabilité n'en souffre aucunement. Par contre ceux qui convolent en secondes noces, ou qui se marient à une veuve, sont exclus du sacerdoce. Ordinairement on laisse passer un délai d'un an au moins entre le mariage et l'ordination; les candidats doivent être âgés de trente à cinquante ans. Les exceptions à cette règle sont rares., Les attributions du clergé marié embrassent tout ce qui a rapport à la direction spirituelle des âmes. Il administre les sacrements et assume le service quotidien des offices. Il s'occupe de l'assistance des malades et des pauvres, fait les enterrements, etc. Chez les Orientaux, l'obligation quotidienne de lire les offices et de célébrer la messe n'existe point; on ne sait ce que c'est qu'une messe basse. Les charges d'archiprêtre, de vicaire et de membre des conseils sont les seules accessibles au clergé marié. Le prêtre marié peut gérer un vicariat, en cas de vacance, mais :il n'est pas admis à postuler le doctorat, ni la dignité de l'épiscopat, à moins qu'il n'entre dans les rangs du clergé célibataire après veuvage. Bien que cette restriction ait acquis, de nos jours, force de loi, elle est dénuée toutefois de valeur canonique et d'autorité ancienne. A l'examiner dans son essence, l'épiscopat n'est que la plénitude du sacerdoce, voué au service des à mes, et c'est là précisément la définition des devoirs qui incombent au clergé marié. Jadis les évêques se recrutaient parmi les archiprêtres, qui, alors, prenaient le titre de kahanaïapet, c"est-à-dire chef des prêtres du diocèse, de même que l'avaguérett (grand-prêtre ou archiprêtre) était le chef des prêtres d'une église donnée. Rien donc n'empêche que l'usage actuel, si répandu qu'il soit, ne puisse ttre remplacé par les mceurs de l'église primitive, et qu'on n'ouvre au clergé marié l'accès des hautes dignités ecclésiastiques. II y aurait à cela tout profit pour la nation; car le clergé marié sortirait d'un état d'infériorité, que rien ne justifie, et qui tient surtout à l'exclusion qui lui est imposée. Dans les conditions actuelles, les individus possédant quelque instruction sont, généralement, peu portés à embrasser une carrière pénible où les aspirations morales et les jouissances matérielles ne trouvent aucune satisfaction. II n'y a guère que les individus de condition modeste et de médiocre capacité, qui aspirent actuellement à la prêtrise. Telle est la raison de l'état d'infériorité où se trouve de nos jours le sacerdoce en Orient. II va sans dire, que les fidèles sont les premiers à souffrir de cet état de choses. Pour y remédier, pensons-nous, il suffirait de revenir aux anciens canons sur le recrutement de l'épiscopat. En élargissant le champ de promotion, la partie cultivée de la nation n'hésiterait plus à entrer dans les rangs du clergé marié. Cela contribuerait à le relever aux yeux des fidèles, ce qui lui permettrait de remplir dignement sa mIssIon conformément aux nécessités du siècle. Le clergé célibataire est formé principalement dans l'enceinte des monastères. L'institution monastique arménienne n'a rien de commun avec le système des ordres religieux de l'Occident. Chaque monastère forme une communauté indépendante. Les membres, volontairement soumis aux prescriptions d'un règlement canonique, ne se lient point par des voeux religieux. Le temps des anachorètes et des moines contemplatifs étant irrévocablement passé, aujourd'hui les monastères n'ont plus d'autre mission que de préparer le clergé célibataire aux fonctions sacerdotales. Ainsi les monastères de Sévan, sur le lac de Gueuktchaï, de Lim et de Ktoutz, sur le lac de Van, qu'on désignait sous le nom d'anapat (désert), ont perdu leur caractère d'institution contemplative, et se sont transformés en séminaires. Ce clergé spécial se consacre exclusivement à la prédication et aux fonctions hiérarchiques. L'administration des sacrements, de la confession et du mariage, ne sont
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pas de son ressort; mais sa présence est requise dans les fonctions qui réclament quelque solennité. Les différents degrés, dont il se classe, sont ceux de diacres (sarkavak), de prêtres-moines (abégha), de docteurs particuliers (vardapet), de docteurs suprêmes (dzaïrakouyn vardapet), d'évêques (épiscopos), et de ceux qui comprennent les plus hautes dignités de la hiérarchie, comme les archevêques, les patriarches et les catholicos. Il n'est pas d'usage d'employer des diacres mariés, soit à cause des complications que pouI'rait occasionner leurentretien, soit pour éviter le cas d'un veuvage éventuel. Mais les diacres célibataires existent dans les monastères ou ils sont tenus ordinairement de faire un stage de trois ans. Les prêtres moines sont consacrés à l'àge de vingt-deux ans au moins, et c'est alors qu'on les revêt du véghar (capuchon), distinctif du clergé célibataire. Les grades de docteur donnent droit à la prédication par la collation de la crosse doctorale, laquelle est surmontée d'un motif représentant deux ou quatre serpents enroulés, les têtes écartées, s'affrontant. Les deux grades de cette dignité se subdivisent en grades de simple apparat; le mineur en a quatre et le majeur dix, soit en tout quatorze ; ils ne servent, d'ailleurs, qu'à accroître proportionnellement le nombre des hymnes et des lections au cours des cérémonies de collation. L'autorisation ou le consentement de l'ordinaire du diocèse est de rigueur pour exercer le ministère de la prédication. Les sermons sont prononcés debout sur l'estrade de l'autel. Seuls les évêques jouissent du privilége de précher assis. Les charges hiérarchiques des diocèses, soit à titre ordillaire, soit à titre intérimaire, sont réservées au clergé célibataire. Peuvent s'inscrire dans cette classe les gens veufs, soit avant, soit après leur ordination. La promotion au grade épiscopal est aujourd'hui exclusivement réservée au clergé célibataire, comme nous l'avons dit plus haut. Seul il a le droit de porter la crosse et le véghar. Rien pourtant ne pourrait empêcJler les prêtres marics de recevoir la crosse doctorale, s'ils possédaient l'instruction nécessaire. Actuellement, ils prononcent des prônes, mais toujours sans crosse (gava1an). Les deux degrés du doctorat, en usage dans l'église arménienne, correspondent exactement aux grades de licencié et de docteur en théologie, qui sont conférés dans les universités européennes. Seulement l'église arménienne leur a donné une signification plus religieuse. Par suite, on a commencé à faire moins état des capacités du postulant que des fonctions qu'il occupe. C'est en raison des exigences de ces fonctions que les membres du clergé célibataire ne sont plus astreints à la vie strictement monastique, ni à l'obligation de résider dans les presbytères.
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XXXI. LES REVENUS ECCLÉSIASTIQUES.

On ne connaît dans l'église arménienne ni les bénéfices, ni les canonicats ou menses du clergé latin. Les ecclésiastiques ne vivent que des offrandes volontaires des fidèles. C'est surtout le cas des prêtres mariés. Parfois cependant les ecclésiastiques célibataires touchent une modique rétribution. Les églises et les monastères possèdent bien quelques immeubles, terrains ou bâtisses, mais les ressources que procurent ces propriétés sont des plus précaires en Turquie à cause de la législation spéciale qui régit les biens immobiliers. Les églises, les monastères et les écoles n'étant point, en droit musulman, reconnus comme personnes morales, sont par suite privés du droit de posséder. On cherche donc à tourner la difficulté en inscrivant le patrimoine de ces établissements sous un nom d'emprunt. Mais cet expédient n'est pas sans dangers; car on court tout d'abord le risque de perdre ces biens lorsque leur détenteur vient à mourir sans laisser d'héritier direct. On doit compter également avec la mauvaise foi des héritiers ou l'éventualité d'une saisie judiciaire, même extra-légale. Il faut noter que les propriétés, qui appartiennent à la catégorie des VaCOl!/s (biens de mainmorte), ne sont transmissibles qu'aux enfants seuls. Il est possible pourtant d'étendre le droit d'héritage aux parents du premier et du second degrés, contre le paiement d'une indemnité une fois versée et d'un supplément de contribution annuelle. Un autre expédient, auquel on avait souvent recours, était celui d'inscrire les propriétés sous le nom d'un saint, comme s'il eût été vivant. C'est ainsi qu'il est alï'ivé d'enregistrer les propriétés appartenant à l'église de Sainte Marie, sous le nom d'une femme Marie, fille de Joachim, et celles appartenant il l'église de Saint-Jean-Baptiste, sous le nom du clerc Jean, fils de Zacharie, et ainsi de suite. Mais si le fisc venait il pousser les-formalités un peu loin, on s'exposait à perdre l'immeuble. Cette situation particulière, faite au régime de la propriété ecclésiastique, a donné lieu en ces derniers temps aux plus graves difficultés. Le gouvernement, qui jusqu'ici avait fermé les yeux par esprit de tolérance, vient de changer inopinément de tactique. Il veut mettre fin, sans compensation, à un état de chose qu'il tolérait depuis plusieurs siècles. Il inaugure ainsi un système de confiscation; mais il faut espérer que la nouvelle législation y portera remède. Pour expliquer brièvement la nature des vacoufs, je rappellerai que les biens compris sous cette dénomination appartiennent aux institutions pieuses ou de bienfaisance en dominium directum. Ils ne sont cédés aux particuliers qu'en dominium utile, c'est-il-dire à titre d'usufruit, avec restriction du droit de succession, comme il a été dit plus haut. Une annuité très minime, puis des droits de transfert et de succession sont perçus par l'institution ; enfin la propriété lui fait entièrement retour à l'extinction de la catégorie d'héritiers prévus par la loi. Les églises et les institutions chrétiennes jouissent également du même droit de propriété. Beaucoup d'églises de Constantinople possèdent des vacoufs . Une autre source de revenu provient des quêtes journalières faites dans les églises pendant la messe et les offices . On fait circuler au milieu de la foule des pnak (plats) que l'on confie aux éphores. En outre, des troncs. sont installés dans les parvis et aux entrées pour recevoir les dons des fidèles. Les collectes ne laissaient pas jadis d'être assez productives,aujourd'hui elles ne donnent plus grand'chose. Il convient d'ajouter à ces revenus le produit de la vente des , cierges qui se pratique à l'entrée des églises, et dont le prix est laissé à la discrétion des fidèles. L' usage de brûler des cierges devant les images est toujours en honneur chez les Orientaux. L'église perçoit encore un droit spécial à l'occasion des cérémonies religieuses, telles que baptêmes, mariages, funérailles, messes de requiem, etc. Il faut également tenir compte des revenus procurés par les actes de chancellerie, tels que certificats, légalisations et attestations. Les libéralités et les offrandes volontaires constituent un complément de ressources, au sujet desquelles on ne saurait fournir d'indication précise. Et, pour tout dire, la plupart des immeubles proviennent de legs et de donations. Les monastères possèdent, au surplus, le droit de prélever, sur les villages de leur district, une part fixe en nature sur le produit du sol et sur l'élevage. Cette contribution appelée ptough (fruit), bien que volontaire, avait un caractère fixe. Les dévastations, dont les provinces arméniennes sont pérîodiquement le théâtre, ont porté un coup fatal à cette source de revenus. En principe, chague église doit couvrir ses dépenses au moyen de ses propres revenus. Elle
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doit s'attacher à le faire fructifier au mieux de ses intérêts. Les dépenses auxquelles les églises doivent pourvoir peuvent se ramener aux suivantes :
1° Conservation des immeubles;
2° Entretien et achat des ornements et des objets nécessaires au culte;
3° Entretien de l'école paroissiale ;
4° Appointements du personnel attaché au service de l'église et de l'école ;
5° Secours aux malades et aux pauvres.
L'instruction est donnée gratuitement à ces derniers : une modique rétribution est exigée des autres. La générosité des fidèles se charge également de l'entretîen du clergé marié. Une partie de ses ressources, la meilleure, lui est fournie par les familles, qui doivent subvenir aux besoins de leurs tallérett (curés) ; le reste provient des fonctions ecclésiastiques qu'il remplit à l'occasion des batltêmes: des fiançailles, des noces, des enterrements, des bénédictions des maisons à Noël et à Pâques, et de la célébration des messes. Les produits des quêtes et des aumônes, destinées aux prêtres d'une même paroisse, sont partagés entre ces derniers. De ce qui précède, il résulte clairement que le clergé marié vit uniquement de dons volontaires, et que l'entretien de ses membres dépend de la somme d'activité qu'ils déploient ainsi que de la dévotion des ouailles. Quànd les membres du clergé célibataire font partie d'une administration, ou sont attachés à un supérieur,ils bénéficient ordinairement d'une modeste pension qui leur est assuré par le diocèse ou par l'église. A ce pécule, il convient d'ajouter les offrandes qui leur sont faites en raison des fonctions qu'ils sont appelés à exercer auprès de leurs ouailles. Comme on le voit, l'existence du clergé arménien ne laisse pas d'être précaire. Cette situation ne lui assure ni liberté, ni indépendance vis-à-vis de ses administrés. Au premier abord, elle semble donc préjudiciable; pourtant elle offre l'avantage inappréciable d'empêcher le clergé de former une caste dans la nation. Elle contribue même à cimenter l'union et la concorde entre ce dernier et la population, par cela même qu'elle est obligée de veiller à ses intérêts. De son côté, le clergé aux prises avec les difficultés de l'existence, se voit obligé de redoubler de zèle et d'activité. Là est la raison pour laquelle le clergé arménien s'est trouvé de tout temps en communion d'idées et de sentiments avec le peuple. Ce qu'on appelle ailleurs esprit clérical n'a jamais existé en lui depuis les origines.
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XXXII. LES LAÏQUES DANS L'ÉGLISE

Chez les Arméniens, le clergé n'est pas considéré comme maître absolu et propriétaire de l'église. Celle-ci, en tant qu'institution, appartient autant aux fidèles qu'aux ministres du culte. En vertu de ce principe, sauf les actes sacramentaires, pour l'exercice desquels l'ordination est indispensable, rien ne se fait dans l'administration ecclésiastique sans le concours de l'élément laïque. La participation de ce dernier aux affaires de l'église, s'affirme d'abord par l'élection des ministres du culte. Le prêtre marié est élu par la communauté de la paroisse, soit par un vote régulier, soit par un acte de présentation. Le conseil religieux, présidé par l'évêque, procède à l'examen de la capacité et de l'idonéité du candidat, et ce n'est qu'après avoir pris son avis qu'il est procédé à l'ordination. L'évêque ne saurait de sa propre initiative consacrer un prêtre, mais il peut refuser l'ordination, s'il est prouvé que le candidat a des défauts canoniques. Quant aux prêtres célibataires, il se recrutent parmi les jeunes gens préparés au sacerdoce dans les monastères. Leur promotion est à la discrétion du supérieur et du chapitre, mais leur ordination au diaconat et au sacerdoce doit être autorisée par le patriarcat dont relèvent les institutions monastiques. L'élément laïque n'y a aucune part. L'élection des chefs ordinaires des diocèses appartient, en Turquie, aux conseils diocésains, dont les six septièmes des membres sont composés de laïques et un septième seulement d'ecclésiastiques. Telle est la disposition du canon ancien et général de l'église. Cependant le bologénia russe, sans exclure l'intervention laïque, réserve au czar leur nomination définitive, sur la présentation de deux candidats par le catholicos. Si l'on tenait compte de l'analogie qui subsiste entre l'élection du catholicos et celle des évêques, on devrait abandonner aux délégués du diocèse le choix des candidats à l'évêché. Car l'élection du catholicosat est du ressort de l'assemblée électorale composée de chefs religieux et de délégués laïques nommés par l'universalité des diocèses. A ce vote, prennent part également les huit membres du synode et les sept plus anciens membres de la congrégation d'Etchmiadzine. La nomination définitive du catholicos est réservée au czar, qui choisit l'un dès deux candidats présentés par l'assemblée . Les patriarches de Constantinople et de Jérusalem sont élus par l'assemblée nationale de la capitale dont les six septièmes des membres appartiennent à l'élément laïque. Les catholicos de Sis et d'Aghthamar sont élus par les conseils électoraux composés par moitié de laïques. On voit donc, par ces exemples, à quel point l'action de ces derniers est prépondérante dans les promotions ecclésiastiques. La participation des laïques dans les affaires ecclésiastiques n'est pas moins efficace. Bien qu'elle s'exerce sous des formes différentes, suivant les lois et les usages des pays habités par les Arméniens, néanmoins le grand principe de l'intervention laïque est partout respecté. En Turquie, chaque église est gérée par une éphorie (taghakan) entièrement composée de laïques élus par la paroisse. Elle assume l'administration de l'église, de l'école et des affaires intérieures de la communauté. Sa gestion est controlée par un conseil diocésain tintessakan (économique), composé de laïques, qui a des attributions fiscales. En Russie, le gouvernement tolère l'existences des éphories, mais il a supprimé les conseils diocésains. Les attributions de ces derniers ont été tranférées au synode et aux consistoires formés d'ecclésiastiques. Examinons maintenant dans quelle mesure l'élément laïque participe à l'administration générale des affaires de la nation. On sait qu'elle date des origines de l'église, mais en 1860 elle subissait une réforme, à la suite de la promulAation du Sahmalladrouthiun (règlement ou constitution), lequel fut approuvé par le gouvernement ottoman en 1863. En vertu de cette constitution, la haute gestion des affaires est confiée à une assemblée nationale investie de pouvoirs législatifs et de contrôle, et à deux conseils, l'un religieux et l'autre civil, qui ont un pouvoir exécutif, et qui assistent le patriarche dans l'exercice de ses fonctions administratives. Ces conseils sont, à leur tour, assistés de plusieurs commissions, institués pour s'occuper séparément de toute qucstion concernant les différends matrimoniaux, l'instruction publique, la gestion financière, les testaments, les / monastères, et l'institut central de bienfaisance ou hôpital national. L'Assemblée nationale se compose de cent quarante membres, dont les six septièmes sont laïques, élus au suffrage. Le conseil civil comprend quatorze laïques, et le conseil
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religieux autant d'ecclésiastiques de tous grades, célibataires ou mariés. Quant aux deux conseils, ils sont élus directement par l'assemblée; réunis ils forment le consei! mixte, dont la compétence s'étend sur la gestion en général. Les affaires spirituelles relèvent du conseil religieux; les autres, comme les finances et l'instruction publique, du conseil civil. Tous deux agissent isolément. Chague commission se compose de sept membres; celles qui s'occupent de l'instruction,de l'économie et de l'hôpital, sont entièrement composées de laïques; ils n'ont que la majorité dans les autres, qui ont pour attribution les testaments et les monastères. La commission préposée aux affaires judiciaires en comprend huit, dont la moitié est laïque. L’assemblée a pour attributions principales l'élection des patriarches et des conseils, le vote du budget et des comptes consomptives, l'élaboration des règlements spéciaux, et la connaissance des conflits de pouvoirs et des difficultés extraordinaires. Ajoutons, en passant, que la constitution nationale a créé un impôt direct, auquel est soumis tout particulier jouissant d'une situation lucrative, et que le droit de vote est subordonné au paiement de cet impôt. Le produit en est versé à la caisse du patriarcat, En Turquie, l'administration diocésaine est calquée sur le modèle de l'administration centrale du patriarcat. Elle varie d'après l'importance et l'étendue des diocèses. Le nombre des membres des conseils généraux diocésains varie de vingt-un à soixante-dix, dans la proportion de six septièmes de laïques. Il en va de même pour les conseils et les commissions; aussi croyons-nous superflu d'entrer dans les détails. En Russie, l'élément laïque n'exerce aucun contrôle sur la gestion des diocèses, Le synode catholicosal et les consistoires diocésains, ou ne figurent que des ecclésiastiques, n'y ont que des attributions strictement spirituelles. Le gouvernement impérial n'a rien négligé pour éloigner ses sujets de la haute administration des institutions ecclésiastiques. Il n'a pas cru devoir leur octroyer les privilèges, que les sultans ottomans ont concédés. Les diocèses d'Égypte, de Roumanie et de Bulgarie, qui relèvent du patriarcat de Constantinople, suivent les formes de ce dernier, dans la mesure où elles sont compatibles avec les lois du pays, Les diocèses de Perse, d'Europe et d'Amérique, qui relèvent du siège d'Etchmiadzine, se conforment aux usages du Caucase, De ce qui précède, on conclura que de toutes les communions chrétiennes, l'église arménienne est celle où triomphe, avec le plus d'éclat et de vérité, l'esprit démocratique. Elle est étrangère à l'exclusivisme sacerdotal, si néfaste à la bonne harmonie, qui doit régner entre l'église et les fidèles, entre le pasteur et le troupeau. Cette tradition de la participation de l'élément laïque aux affaires de l'église remonte aux premiers temps de son histoire, et ses racines plongent aux sources les plus fécondes du christianisme, Ainsi les actes des conciles nationaux témoignent invariablement que jadis les princes et les satrapes, et, après eux, les notables et les délégués, en un mot, les représentants du peuple, n'ont jamais cessé de siéger dans les conciles à côté des évêques et des docteurs. On leur voit prendre une part active dans toutes les discussions touchant les questions doctrinales et disciplinaires, puis apposer au bas des actes et des canons leurs signatures, comme membres effectifs des conciles. Cet antique principe, prévaut encore aujourd'hui dans les usages de la nation, et c'est par lui que se justifie la présence des laïques dans les assemblées et dans les conseils ecclésiastiques. En faisant à cet élément une large part dans son administration, elle a conjuré les deux dangers qui mettent en péril l'église d'Occident, dont l'un s'appelle le cléricalisme, et l'autre l'indifférence en matière de religion.
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XXXIII. LE NOM DE L'ÉGLISE

Un usage, généralement répandu, veut que chaque église ait un nom ethnographique, en même temps qu'une dénomination doctrinale; le premier est emprunté au pays ou à la race, la seconde au principe doctrinal. C'est ainsi que l'on dit: église grecque orthodoxe, église latine catholique, église anglicane épiscopale, église écossaise presbytérienne, ainsi de suite. Cependant, en ce qui concerne l'église arménienne, on n.est pas tombé d'accord sur sa dénomination doctrinale. Les Arméniens se servent du nom ethnographique de Haï Yéguéghétzi (église aménienne), ou Haïastaniaïtz Yéguéghétzi (église des Arméniens). Les locutions de sourb (saint), de arakélakan (apostolique), de oughapar (orthodoxe), et autres semblables, qui ont habituellement cours, n'ont en réalité aucun caractère officiel. L'appellation doctrinale date de l'occupation russe, quand le gouvernement du czar voulut imposer un règlement spécial. On dut alors préciser le nom de 1'église, le nom ethnographique seul ayant paru insuffisant. C'est à cette époque qu'on mit en avant la dénomination de Loussavortchagan, qui littéralement signifie l' Illuminatorien, expression qui a été, par analogie, traduite par celle de Grégorien, du nom de S. Grégoire l'Illuminateur. C'est de cette façon que la dénomination d'église arméno-grégorienne a été enregistrée dans le bologenia russe de I836. On la voit figurer dans les actes du synode d'Etchmiadzine. Cependant ce vocable a été mal accueilli par l'opinion publique arménienne. Suivant elle, il tendrait à enlever à l'église son caractère d'apostolicité, pour ne lui laisser que celui d'une église qui aurait été fondée au IVe siècle. Les catholiques romains, qui prétendent faire de S. Grigor Loussavoritch un adepte de Rome, le répudient égaIement, mais pour une raison différente. Leurs scrupules leur défendent de donner à une église, réputée par eux schismatique, le nom Id'un catholique romain. Ils ont donc imaginé pour leur usage, le nom de Etchmiadznakan, qu'ils ont emprunté au siège suprême d'Etchmiadzine. Toutefois; comme on le pense bien, cette appellation n'a rallié ni les fidèles dé l'église arménienne, ni les auteurs étrangers. Mais enfin, puisque, on tient tant à une dénomination doctrinale, ne pourrait-on pas adopter celle d'Église Oughapar, qui aurait au moins le mérite de répondre à la formule grecque d'Église Orthodoxe, et à celle d'Église Pravoslave en russe ? Tout en conservant l'analogie, elle aurait, croyons-nous, le mérite de caractériser la distinction des églises par un nom emprunté à la langue propre à chacune d'elles. Il n'offrirait d'ailleurs rien d'arbitraire, puisqu'il a paru déjà dans l'Almanach de Gotha (I890, p.949 et 189I,p. 1012). Au reste, ce ne serait pas là une innovation, car, l'usage de conserver les noms propres avec leur prononciation originale, et non en traduction, est plus commun qu'on ne pense. C'est ainsi qu'une foule d'appellations d'origine hébraïque, grecque et siryenne, conservent leur forme native, encore que légèrement altérée. Nous nous serions conformés à cet usage, si nous avions adopté celle d'Église oughapar arménienne. Elle aurait eu le double mérite d'indiquer, à la fois, la constitution spéciale de l'église nationale et le lien qui la rattache au groupe des églises de l'orthodoxie orientale.
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LITURGIE

XXXIV. LES ÉDIFICES DU CULTE

Comme la splendeur des édifices du culte dépend de l'importance de la communauté, et surtout des libéralités des donateurs, on ne peut donc s'attendre à voir rien de magnifique, chez les Arméniens, dans cet ordre de choses. Cela ne surprendra personne, si l'on songe dans quelles conditions sociales peu enviables a vécu jusqu'à ce jour cette nation. Ce n 'est donc pas sous ce point de vue que nous voulons parler de ses églises. Il ne peut être question ici que de ses rites et de ses usages canoniques. La forme habituelle de ses édifices sacrés est ordinairement rectangulaire. Le maître-autel est invariablement placé à l'Orient, conformément à la prescription ancienne, qui voulait que le fidèle, en prière, se tournàt vers cette partie de l'horizon. Intérieurement, ils se divisent en quatre parties dans le sens de la profondeur. D'abord s'offre le vestibule, qu'un mur séparait jadis de la nef, et que remplace aujourd'hui un haut grillage. Là se tenaient les pénitents et les cathécumènes pendant la célébration du service divin. On y récitait aussi les offices les jours ordinaires. Le vestibule n'a pas gardé sa signification primitive, cependant le grillage a été maintenu, en souvenir des anciens canons. / Après, vient l'église proprement dite, la nef, destinée au commun des fidèles. Les femmes et les hommes y sont séparés. Autrefois cette partie de l'édifice était exclusivement réservée aux hommes; les femmes devaient monter aux galeries, qui étaient munies d'un épais treillis. De nos jours, ces usages sont tombés en désuétude dans les églises urbaines, mais la séparation des sexes y est toujours de rigueur. Dans certaines circonstances solennelles, dans les enterrements et dans les commémorations de requiem, le clergé et les chantres s'avancent au milieu de la nef, et chantent au milieu des fidèles . Vient après le choeur, exhaussé d'on degré et séparé Sur toute la largeur de l'église par un grillage à hauteur d'appui. Le clergé et les chantres, partagés en deux groupes, y prennent place, l'un à droite et 1'autre à gauche, pour alterner les psalmodies et les hymnes. Le fond de l'église forme une estrade, à laquelle on accède par deux escaliers latéraux de quatre ou cinq marches. Au milieu et au dessous de l'abside se dresse le maître-autel, qui se compose d'une colonne et d'une table en marbre, consacrées par le saint-chrême. Il est isolé de façon à laisser un espace libre autour. Des degrés y sont disposés pour recevoir les candélabres et divers ornements. Au dessus, domine une sainte image, représentant invariablement la Vierge avec l'Enfant. Par exception, on la remplace, aux fêtes de la Résurection et de la Sainte Croix, par des images appropriées à la solennité du jour. Si l'on se conformait aux traditions nationales, les églises devraient être ornées de coupoles et de clochers ; mais jusqu'en ces derniers temps, les Turcs en avaient interdit l'usage, et ce n'est que depuis peu qu'ils se sont relâchés de leur sévérité à cet égard. Cependant on ne saurait encore se livrer à cette fantaisie architecturale, sans une autorisation spéciale du sultan. La forme des coupoles est étroite, à tambour élancé, rappelant la coiffure, dite vêB'hal-, du clergé célibataire. Ce qui frappe surtout l'étranger qui les visite, c'est leur aspect d'austère simplicité qui contraste avec la profusion de quincailleries et de dorures, des églises gréco-orthodoxes, Les images y sont rares, quand elles ne sont pas absentes, sauf sur les autels. II n'y a qu'un seul autel, où s'accomplit une seule messe journalière. Les deux petits autels, qu'on voit communément dans les bas-côtés, ne sont là qu'à titre d'ornement. Dans les grandes basiliques, ils sont construits de manière à y pouvoir célébrer le sacrifice divin à certains jours de l'année; mais dans ces circonstances, le maitre-autel reste vacant. Quand on veut avoir plusieurs messes, on doit joindre des chapelles à la nef, formant comme autant d'églises séparées. Toutefois on s'attache à éviter la multiplication des messes le même jour. On ne se sert des chapelles que pour commémorer la fête des saints sous le vocable desquels elles sont placées. C'est ainsi que les églises de Galata et de Koumcapou, à Constantinople, forment chacune trois édifices accolés absolument semblables entre eux. On avait choisi cette disposition pour suffire au grand nombre des fidèles, qui peuplaient
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naguère ces quartiers ; mais comme ils sont aujourd'hui en partie désertés, le nombre de messes y a été réduit au strict nécessaire. Aussi bien le principe de la messe quotidienne a cessé depuis longtemps d'être observé. Les canons liturgiques ne l'interdisaient que pendant les cinq jours de chaque semaine du carême et de l'aratchavor. L.usage en est aujourd'hui limité aux samedis et aux dimanches, ainsi qu'aux jours de fêtes dans les grandes églises. Dans les paroisses rurales, la messe y est plus rare. Mais la récitation quotidienne des offices est partout scrupuleusement observée. Toute église doit posséder deux sacristies : celle qui s'ouvre à dl'oite de l'édifice contient les fonts baptismaux, celle de gauche, est réservée à la conservation des vêtements et des objets destinés au culte. Le trône de l'évêque diocésain est permanent dans l'église cathédrale seule. Placé à l'entrée du chreur, à gauche, face à l'autel, ce n'est qu'un modeste siège exhaussé sur un ou deux degrés. Il n'est surmonté du baldaquin que dans les églises patriarcales et dans les cathédrales des grands diocèses. Le clergé ne dispose ni de chaises, ni de bancs, et s'assied à même sur des tapis ou des coussins. Il en est de même pour les fidèles, qui restent debout, bien que l'usage ait prévalu en Turquie d'imiter le clergé. Mais tout récemment l'usage des bancs a commencé à se répandre à Constantinople et dans les grandes villes. Cet exemple ne tarder a pas, sans doute, à être imité ailleurs. L'église est invariablement précédée d'une cour, autour de laquelle s'élèvent les logements destinés au service du personnel. Il y a d'abord la pièce dite Bankal, où se fait la vente des cierges, et où les aumônes sont reçues. Ensuite celles destinées au conseil de l'éphorie et à la chancellerie paroissiale. Puis viennent les chambres des prêtres, du célébrant et du personnel de service. L'école paroissiale est logée ordinairement dans la même enceinte. Une fontaine et des cabinets pour la commodité du public sont installés dans un coin. Tous ces bâtiments sont invariablement entouré d'un mur formant clôture. L'église et les dépendances sont la propriété privilégiée de la communauté ou de la paroisse .
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XXXV. LES MINISTRES DU CULTE

Nous avons déjà eu l'occasion d'entretenir le lecteur des ministres du culte, d'abord dans le chapitre consacré aux acrements, puis dans le bref tableau que nous avons fait de la hiérarchie ecclésiastique. Nous allons cependant y revenir encore afin d'expliquer certains usages de l'église arménienne, qui ont des rapports avec la liturgie. Les degrés de l'échelle hiérarchique du personnel ecclésiastique sont actuellement les suivants: 1° Clercs (depir), 2° diacres (sarlîavak), 3° prêtres (kahana ouyéret{), 4° archiprêtres (avaguéret{), 5° archimandrites ou docteurs (vardapet), 6° évêques (épiscopos), 7° patriarches (patriark), et 8° catholicos. Par clercs,on désigne les individus qui ont reçu l'ordination des quatre ordres mineurs, à savoirles ordres d'ostiaire, de lecteur, d'exorciste et d'acolyte, qui ne sont plus conférés séparément. Les sacristains et les chantres doi vent ordinairement faire partie de ces ordres, pour être attachés au service de l'église. L'ordination qu'ils reçoivent ne leur interdit pas de porter le costume civil et de vivre dans le monde. A l'église ils portent le costume ecclésiastique, qui consiste en une longue talaire fermée, dite schapik (chemise), qui descend jusqu'aux pieds. On la fait de toute sorte de drap, en toile ou en velours, indifi'éremment. La partie superposée, l'humérale, qui couvre les épaules, le dos et la poitrine, est souvent ornée de riches broderies; elle est d'un drap plus précieux que le reste. Trois croix ornent le dos et les deux côtés du devant. L'huméraie doit être appliquée sur le schapik, mais, contrairement aux règlements, l'usage s'est introduit dans ces derniers temps de la porter sous forme de pélerine. Les séminaristes, dès leur entrée, reçoivent également les ordres mineurs. Ils portent sur la soutane un long habit noir, ouvert sur le devant, que l'on appelle vérarkou , espèce de paletot à l'orientale à manches flottantes. Il n'existe plus de diacres, comme nous l'avons déjà noté, que dans les monastères, c'est-à-dire, au sein du clergé célibataire. Leur nombre, qui est à peine de quarante, se trouve dispersé dans les établissements religieux. Le sous-diaconat leur est conféré en même temps que le diaconat, et leur costume ne diffère guère de celui des autres ecclésiastiques. Ils portent lepakegh, espèce de calotte de drap noir, sans visière, semblable au lîamélafka du clergé grec. Il est seulement plus bas de forme, et la partie supérieure en est pointue. A l'église, leur costume est le schapik, décl-it plus haut, avec l'ourar, étole longue de plus de trois mètres et large de dix à quinze centimètres, ornée de trois croix. Elle se porte à l'épaule gauche, et les extrémités descendent jusqu'aux pieds par devant et par derrière. La même étole peut être plus longue, et alors elle pend également sur les deux côtés sur l'épaule gauche, après avoir fait un tour sous l'aisselle droite. Les fonctions du diacre sont décrétées dans les livres liturgiques. A son défaut, le prêtre y supplée en revêtant son costume. Ses principales attributions sont l'encensement, la lecture de l'évangile à la messe, et le déplacement solennel des espèces à l'offertoire. Les prêtres mariés se recrutent dans toutes les classes de la société, mais on donne la préférence aux chantres et aux maîtres d'école. Cependant ils succèdent le plus souvent à leurs pères dans la prêtrise. On pourrait citer telle famille, où l'on compte jusqu'à vingt et trente générations de prêtres. Les conditions exigées des candidats sont, outre l'élection paroissiale, des connaissances ecclésiastiques et liturgiques une vie réglée et en général exemplaire; en outre, le consentement de leurs femmes. Chaque prêtre est canoniquement lié à une église, et il ne peut être nommé à une autre cure que s'il pose à nouveau sa candidature. Leur degré d'instruction est ordinairement proportionné aux conditions sociales et matérielles de la paroisse. Souvent le choix se fait parmi ceux. qui y sont domiciliés. Après leur ordination ils sont astreints à un rigoureux carême (Karassounî), qui dure quarante jours. Ils se préparent à la première messe, en menant une vie de retraite à l'église, s'astreignant, par vingt-quatre heures, à une nourriture végétale. Pendant ce temps, ils s'exercent aux actes de leur vocation. De leur côté, les femmes (yéretzkine) observent chez elles le régime maigre ordinaire. Ces dernières jouissent d'une certaine préséance dans la société. Ia vie des prètres s'identifie absolument avec la famille, avec cette restriction, bien entendu, qu'ils se doivent d'abord à leurs fonctions. Sous aucun prétexte, ils ne peuvent se dispenser d'exercer leurs offices à l'église. A cela près, ils peuvent vaquer à leurs affaires domestiques, et se livrer mème à un travail professionnel dans la limite des convenances. Une
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semaine, ou trois jours au moins, avant la célébration de la messe, ils abandonnent la demeure conjugale, pour passer les nuits dans les dépendances de l'église. Jadis leur costume ne différait de celui des laïques, que par le vérarh'ou noir, qui est leur signe distinctif. Mais peu à peu le costume ecclésiastique s'est imposé. L'exemple a été d'abord donné par les villes ; les villages l'ont suivi. Outre cette pièce de vêtement, ils portent une soutane de couleur noire, et le pakegh, qui est de même couleur. Dans les villages, on voit des soutanes de diverses couleurs, car les usages ordinaires du peuple sont permis au clergé séculier . A l'église, ils portent un simple manteau de laine noire, ou pénule (pilon), pour les offices ordinaires. Ils sont autorisés à porter le pilon en soie fleurie ou de couleur, à titre de récompense honorifique. Ulle autre distinction, qui leur est conférée, est le droit de porter une croix tlectorale unie ell bronze doré. Les habits sacerdotaux consistent en un pluvial (schourtchar), au dessous duquel sont le schapik en toile blanche, l'étole pectorale (porourar) ; une ceinture (goti) et des manchettes (barzpan) aux avant-bras. Audessus du schourtchar se dresse sur les épaules un vaste col (vakas), droit et raide. A la tête, ils portent une mître rollde (saghavart), ceinte d'une couronne de feuillage et surmonté d'une petite croix. Pendant les offices solennels, le schourtchar remplace le pilon. Ajoutons, à titre de simple information, qu'on évalue à un minimum de quatre mille le nombre des prêtres mariés arméniens. Les archiprêtres ont le pas sur les prêtres, et ce qui les distingue de ces delïliers, c'est l'obligation de surveiller l'administration spirituelle de l'église. Le clergé célibataire a le pas sur le clergé marié au point que celui-ci se voit obligé de le céder au plus novice parmi les premiers. Comme nous l'avons expliqué plus haut, il se divise en trois grades. L'ordre d'ancienneté règle leur préséance, et ne tient nul compte de leur grade particulier. Extérieurement, rien ne les distingue des prêtres mariés. En ville, ils portent le pakegh de velours noir dont la partie supérieure est violette. Ils sont libres de le porter entièrement noir. Les vêtements sont de même couleur. A l'église, le pilon est ordinairement de soie noire, que les vardapets particuliers portent fleurie et les vardapets de rang supérieur en soie violette. Les vêtements sacerdotaux sont identiques à ceux des prêtres; seulement ils ont droit à la crosse doctorale. Les croix pectorales données en privilège sont ornées de pierreries. L'église arménienne fait usage d'une petite croix a main, en métal, munie de quatre bras égaux et de rayons intermédiaires, sans l'image du Christ. Elle est pourvue d'un manche en métal enveloppé d'une pièce riche ou brodée. Une relique est logée au milieu. Cette croix, qui est consacrée par le saint--chrême, comme cela se pratique pour les images et les croix placées sur les autels, sert à donner la bénédiction au cours des cérémonies. La mitre des vardabets ressemble à celle des prêtres; quand ils sont appelés à diriger un diocèse, ils peuvent également [,lire usage de la mÎtre épiscopale dans les limites de leur juridiction. Quant aux fonctions et aux attributions des vardapets, nous croyons en avoir dit suffisamment dans le chapitre des grades hiérarchiques. Le nombre total du clergé célibataire arménien, les évêques y compris, ne dépasse pas quatre cents. Le costume ordinaire des évêques ne diffère guère de celui des vardapets; ils portent en plus l'anneau au petit doigt de la main droite; les catholicos seuls le passent à l'annulaire. La mître et la crosse, toujours ornées et riches, ressemblent à celles des Latins. L'omophorion ou pallium est plus large et plus long, que celui en usage dans les autres rites. Long de plus de quatre mètres et large de vingt-cinq à trente celltimètres, richement brodé, il croise le dos et la poitrine de manière que ses extrémités tombent jusqu 'aux pieds, La croix pectorale particulière aux évêques, appelée panagué (du grec Panaïa), est une plaque de forme ovale ornée de pierreries, où se trouve enchassée l'image de la Vierge ou du Christ. Comme nous l'avons déjà indiqué, l'usage en a été emprunté à l'église gréco-orthodoxe. Outre le trône fixe à la cathédrale, les évêques ont droit à un siège mobile sur l'estrade de l'autel, pour la prédication, ou au milieu de l'église, au cours des offices. Hors de leurs diocèses, ils n'ont droit, qu'à un siège mobile. Au baise-main des évêques, les Arméniens n'admettent ni les génuflexions des latins, ni les adorations des Grecs. La simplicité règne uniformément dans toutes leurs cérémonies. Le titre d'archevêque (arképiscopos) n'est qu'un titre honorifique, qui ne confère aucun droit de préséance; celleci ne se règle que sur l'ordre d'ancienneté. Les privilèges extérieurs des patriarches de Jérusalem et de Constantinople consistent dans Un droit de préséance, qu'ils gardent même après leur démission, et dans les honneurs attachés à leurs charges. A la dignité des catholicos sont
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attachés des honneurs spéciaux, dont ils sont redevables à la consécration par le saint-chrême. A remarquer que le pape de Rome et le Patriarche oecuménique de Constantinople ne sont l'objet d'aucune consécration, et qu'ils arrivent au pontificat suprême, par voie de simple élection et prise de possession. Les catholicos arméniens, comme signe extérieur, ont le konker (épigonation), réminiscence de la besace pastorale, qu'ils portent à la ceinture, sur le côté gauche. Au moment de la consécration, on leur couvre la tête d'un grand voile (kogh) de soie épaisse, doublé et brodé. Aux jours de grande cérémonie, il est porté solennellement devant lui. La petite croix en brillants, que le catholicos d'Etchmiadzine attache sur son véghar, est une décoration qui lui est conférée par l'empereur de Russie. Les attributions des catholicos, ainsi que leurs rapports mutuels, ont été déjà exposés au chapitre des grades hiérarchiques.

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Armen 2004 Արմեն
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